OPINION. « Quand la terre tremble en Afghanistan, l’idéologie talibane fait une nouvelle fois des femmes les premières victimes », par Marzieh Hamidi, athlète afghane
Par Marzieh Hamidi (athlète afghane), Inès Davau (avocat) et Baptiste Bérard Proust (conseiller en communication)
L’athlète de taekwondo Marzieh Hamidi s’est réfugiée en France en 2021, après l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan.
L’athlète de taekwondo Marzieh Hamidi, avec l’avocat Inès Davau et le conseiller en communication Baptiste Bérard Proust, alertent sur le sort terrible des femmes afghanes.
Le séisme qui a frappé dimanche soir l'Afghanistan, d'une magnitude de 6, est le plus grave et le plus meurtrier de l'histoire du pays. De plus, de puissantes répliques, notamment une secousse de magnitude 6,2 dans la nuit du jeudi 4 septembre, ont aggravé les destructions et les souffrances.
Le bilan officiel fait état de 2.200 morts et de plus de 4.000 blessés, des milliers de maisons sont pulvérisées et des dizaines de milliers de personnes sinistrées. Mais ces chiffres sont communiqués par les talibans eux-mêmes et sont donc probablement sous-estimés et en deçà de la gravité réelle de la situation. L'inhumanité de l'appareil taliban transforme chaque heure perdue en condamnation à mort, et ce sont une fois encore les femmes qui en paient le prix fort.
Les talibans n'en sont pas à leur première mise à mort des libertés. Nés dans la violence, ils ont pris le pouvoir par la force et par le sang en 2021, dans un processus totalement illégitime, loin de toute forme de consentement populaire ou démocratique. Ils ont instauré un système de ségrégation systémique que nous devons nommer pour ce qu'il est : un apartheid de genre.
Honte morale et politique
Cette architecture de domination va du voile imposé aux interdictions de déplacement, de travail et d'accès aux lieux publics. Surtout, l'école est confisquée : 2,2 millions de filles sont aujourd'hui privées d'éducation secondaire et supérieure. Ce n'est pas seulement une honte morale, c'est aussi une politique pensée pour fragiliser la moitié de la population.
Dans l'urgence d'un séisme, leurs politiques tuent. Les règles de mahram (tuteur masculin) et la terreur administrative retardent ou empêchent l'accès des femmes blessées aux soins ; des soignants masculins renoncent à examiner des patientes par crainte de sanctions. Pire encore puisqu'elles sont privées du droit d'exercer une profession médicale, les femmes n'ont tout simplement plus personne pour les soigner. Même au cœur de la tragédie, la dignité des femmes reste entravée.
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Abandonner les victimes aux talibans, c'est laisser la nature frapper deux fois, condamnant encore les femmes afghanes pour la seule faute d'être nées femmes.
Les chiffres attestent de cette réalité : en 2023 déjà, près de 90 % des victimes des séismes de Hérat étaient des femmes et des enfants, enfermées dans leur domicile pendant que les hommes pouvaient être à l'extérieur librement. Aujourd'hui, la spirale se répète : plus de 6.700 habitations détruites, jusqu'à 84.000 personnes affectées et des stocks alimentaires et médicaux au bord de la rupture. Le résultat est connu : sous-financement, accès humanitaire restreint, et mortalité évitable qui grimpe.
Les talibans sont placés sous sanctions de l'ONU depuis 1999, en raison de leurs liens avec le terrorisme et de leurs atteintes à la paix et à la sécurité internationales. Depuis 2020, la Cour pénale internationale enquête sur leurs crimes, notamment les persécutions systématiques contre les femmes, que des experts qualifient d'apartheid de genre.
En juillet 2025, la CPI a même délivré des mandats d'arrêt visant des responsables talibans pour persécutions fondées sur le genre. Le séisme actuel illustre tragiquement comment ces politiques discriminatoires aggravent les catastrophes naturelles et coûtent des vies. La communauté internationale doit se mobiliser d'urgence pour garantir un accès rapide, impartial et sans entraves à l'aide médicale et alimentaire.
Quand la terre tremble, l'humanité doit se relever. Abandonner les victimes aux talibans, c'est laisser la nature frapper deux fois, condamnant encore les femmes afghanes pour la seule faute d'être nées femmes.
Marzieh Hamidi, athlète de taekwondo d'origine afghane réfugiée en France ; Ines Davau, avocate au barreau de Paris ; Baptiste Bérard Proust, conseiller en communication, co-auteur avec Marzieh Hamidi du livre « Ils n'auront pas mon silence », chez Robert Laffont le 18 septembre.
Par Marzieh Hamidi (athlète afghane), Inès Davau (avocat) et Baptiste Bérard Proust (conseiller en communication)