OPINION. « Une marche pour la paix sur les Champs-Élysées », par Marek Halter, écrivain
Par Marek Halter

L'écrivain Marek Halter est un grand militant de la paix et des droits de l'homme.
LTD/Karim Ait Adjedjou/ABACA/Reuters
Par Marek Halter

L'écrivain Marek Halter est un grand militant de la paix et des droits de l'homme.
LTD/Karim Ait Adjedjou/ABACA/Reuters
Où ont disparu les hommes et les femmes qui rêvaient de la paix, ce rêve qui, à l'époque de nos grands-parents, mobilisait des millions d'individus ? Mon ami l'écrivain israélien Amos Oz disait que quand deux fous se battent il faut les séparer et leur mettre une camisole de force.
Aujourd'hui, nous prenons position pour un camp ou pour un autre. Et, malgré la folie qui a déjà fait des millions de morts, on manifeste en leur faveur dans les rues de Paris. Le mot paix est né du temps de Noé. « Noé le prophète », dit le Coran. Lui qui a vu disparaître un monde, et en ressurgir un autre, annoncé à ses yeux par le vol d'une colombe, un rameau d'olivier dans le bec. Cette même colombe que Picasso dessina des millénaires plus tard. Cette paix est devenue à travers les temps le rêve de toute l'humanité.
« J'ai fait un rêve », lança Martin Luther King en 1963 devant des centaines de milliers de personnes, avant d'être tué. Comme Gandhi, comme Sadate, comme Rabin, comme tant d'autres ayant eu le même rêve avant et après lui. La paix est-elle si subversive ? Pourquoi fait-elle si peur ? Peut-être parce qu'elle draine avec elle l'idée de non-guerre, l'acceptation de l'autre différent et, surtout, le désir de justice.
Nous sommes tous porteurs de la même mémoire. Mais la mémoire est comme un jardin. Nous devons l'entretenir, l'arroser, le préserver. De tout temps, des hommes s'y sont consacrés. Aujourd'hui, l'un d'entre eux est mon ami l'imam Hassen Chalghoumi. Au moment où nous assistons, impuissants, à la haine des Juifs qui se manifeste par la multiplication d'actes antisémites à travers la France, il a réuni juifs, musulmans et chrétiens à l'occasion d'un iftar de la paix, dîner de rupture du jeûne du ramadan.
Ce faisant, il a rappelé la rencontre du Prophète avec les représentants des tribus juives de Médine en 622 lors de laquelle il proposa au rabbin Abu Salam Ben Shalom, de la tribu des Banu Awf, de composer ensemble ce qui deviendra la première constitution de l'Histoire : le pacte de Médine, la Sahifa en arabe.
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Le texte précisait les droits et les devoirs des hommes et des femmes des différentes tribus et confessions vivant ensemble. Il s'agissait de réguler la vie quotidienne des juifs, des musulmans, des idolâtres et même des agnostiques. « Que les Juifs forment une communauté [umma] semblable à celle des croyants, dit le texte. Que les Juifs aient leur religion et que les musulmans aient la leur. »
Oui, mobilisons-nous contre toute forme de racisme. Tout en nous souvenant que la peur, que l'on promulgue ces temps-ci en Europe, alimente la haine de l'autre. Il est temps que nous proposions un monde un peu plus apaisé. Or, celui-ci ne peut advenir que dans la paix. Car elle seule permettra aux hommes et aux femmes de différentes cultures et religions de vivre ensemble.
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Aussi avons-nous décidé de nous retrouver au mois de mai prochain lors d'une grande marche pour la paix sur les Champs-Élysées, première depuis plusieurs décennies. Derrière un cortège de représentants de toutes les religions : une mer de drapeaux blancs portant un unique mot, un même slogan, « Paix, shalom, salam, peace, mir ». Pour nous opposer à la violence et à la haine.
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