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OPINION. « Proportionnelle : nous en avons déjà les effets, pourrions-nous en avoir les bienfaits ? » par Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale

Yaël Braun-Pivet

Publié le 04 mai 2025 à 03:14 - Mis à jour le 04 mai 2025 à 06:24

Yael Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale.

Yael Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale.

LTD/Stephane Le Tellec/ABACA

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Chez nombre de nos voisins européens, la proportionnelle existe, des coalitions se forment, des compromis sont trouvés. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, s'interroge sur notre capacité à nous mettre d'accord.

Ne nous y trompons pas. ­L'Assemblée nationale, aujourd'hui comme en 2022, est au travail  : elle vote des textes, contrôle et évalue conformément à la Constitution. Mais force est de constater que nous pourrions faire bien plus. Et que si nous ne le faisons pas, c'est en partie parce que les forces politiques qui composent l'institution sont restées dans une stricte logique de majorité et d'opposition.

2027 est déjà dans de nombreuses têtes. Et chacun garde l'espoir de devenir majoritaire à lui seul. La tactique politicienne l'emporte donc régulièrement sur la recherche de consensus, et le compromis nous échappe trop souvent. Au fond, les détracteurs de la proportionnelle ou ceux qui, comme le RN, défendent une proportionnelle avec prime au vainqueur n'arrivent pas à se départir de leur volonté de gouverner seuls à l'avenir grâce à une majorité absolue, ni de leur conviction que cela reste possible.

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Mauvais calcul. Au regard de notre paysage politique, il n'est plus possible de gagner seul. La tripartition de notre vie politique est durable et la nécessité de rassembler largement entre les deux extrêmes pour pouvoir gouverner est devenue absolue. Nous avons changé d'ère et il serait temps de le comprendre  : l'existence d'une nette majorité n'est plus la règle, c'est l'exception.

Dans ce contexte-là, le scrutin majoritaire lui-même devient source d'instabilité, lui dont le compromis ne parvient à naître qu'au forceps. Soyons réalistes  : aucun candidat à la présidentielle ne l'emportera demain sans rassembler au-delà de son parti. Imaginer obtenir une majorité aux législatives qui suivront sans adopter cette logique d'alliance est une fiction. Pourquoi alors refuser un schéma favorisant des alliances auxquelles nous finirons contraints quoi qu'il arrive  ?

Le compromis n'est pas une faiblesse

La proportionnelle, nous en avons déjà les effets, pourrions-nous en avoir les bienfaits  ? Il est temps de changer de logiciel  : laissons de côté cette logique d'alternance au profit d'une vraie logique d'alliance, passons de la pure opposition à la recherche de coalitions, marquons la fin des alternances subies et le début des alliances choisies.

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Rappelons-le, la proportionnelle permet de mieux représenter la diversité des opinions des Français, de manière durable. Mais elle permet aussi d'éviter les alliances préélectorales, la « ­tambouille » pour beaucoup de nos concitoyens. ­Chacun a sa chance et peut se présenter sous ses propres couleurs au départ. Mais chacun sait aussi qu'il faudra ensuite composer avec d'autres pour agir. La conflictualité est moindre, le compromis n'est pas tué dans l'œuf, la démarche constructive après l'élection devient obligatoire.

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Or aujourd'hui, même dans un hémicycle fragmenté comme le nôtre, cela reste difficile tant les vieux réflexes liés au mode de scrutin majoritaire subsistent. Je ne crois pas qu'il soit possible d'y mettre fin sans en changer. Acter la proportionnelle, c'est donc acter cette fin du fait majoritaire et un impossible retour en arrière. C'est au contraire aller de l'avant en actant la nécessité de travailler en coalition et installer enfin une véritable culture du compromis.

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Chez nombre de nos voisins européens, la proportionnelle existe, des coalitions se forment, des compromis sont trouvés. Pourquoi n'en serions-nous pas capables  ? Le compromis n'est pas une faiblesse, mais une noblesse. Il se fait partout dans nos vies, nos entreprises, nos villes, nos conseils municipaux, départementaux ou régionaux. Preuve qu'une culture politique qui privilégie la coopération plutôt que la confrontation, qui vise à convaincre plutôt qu'à contraindre et qui permet d'apaiser plutôt que d'embraser est à portée de main. Un mode de scrutin que demandent les Français, une volonté politique qu'espèrent les Français et le tour serait peut-être enfin joué. 

Yaël Braun-Pivet

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