3 questions à Antoine Bristielle, sociologue : « Les participants du mouvement du 10 septembre sont très largement issus de la gauche radicale »
Une enquête inédite révèle le profil sociologique et politique des participants à « Bloquons tout ». Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion à la Fondation Jean-Jaurès, décrypte un mouvement très ancré à gauche et marqué par le rejet d’Emmanuel Macron.
Propos recueillis par Nelson Getten
Antoine Bristielle est directeur de l’Observatoire de l’opinion à la Fondation Jean-Jaurès.
LTD / Patrice NORMAND / Leextra/Éditions Fayard
LA TRIBUNE DIMANCHE — En quoi le mouvement du 10 septembre diffère de celui des Gilets jaunes ? ANTOINE BRISTIELLE — Les profils sont totalement différents, les Gilets jaunes venaient d'horizons politiques divers alors que les participants au 10 septembre sont très largement issus de la gauche radicale. Les Gilets jaunes se battaient pour leur pouvoir d'achat, ils étaient pour la plupart hyper précarisés, ce qui est beaucoup moins le cas pour « Bloquons tout ».
D'après votre étude, peut-on tirer un portrait type du militant du 10 septembre ? Ce serait un profil jeune, plutôt très éduqué et citadin vivant dans une ville moyenne, plus masculin que féminin. D'un point de vue sociologique, on se rapproche plutôt du militant de Nuit debout. D'un point de vue politique, parmi ceux qui ont répondu à l'étude [1 089 personnes], 70 % ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de 2022 et 10 % pour Philippe Poutou.
C'est le rejet du président de la République qui rassemble ? C'est très net, et cela se manifeste également par l'absence de « front républicain » parmi les membres de « Bloquons tout ». Seuls 24 % d'entre eux ont déclaré avoir voté pour Emmanuel Macron face à Marine Le Pen en 2022 ; la grande majorité des personnes qui ont répondu s'est abstenue.
L'abandon du budget de François Bayrou est-il la première de leurs revendications ? Cela a été le déclencheur, mais la colère ne s'exprime pas qu'à cause du budget. La question démocratique est très présente, neuf personnes sur dix disent vouloir de la démocratie directe. La justice sociale et la protection de l'environnement font également partie des plus citées.
Antoine Bristielle est le directeur de l'Observatoire de l'opinion à la Fondation Jean-Jaurès et auteur d'une étude** sur le mouvement du 10 septembre. ** Méthode : du 15 au 23 août 2025, 1 089 personnes ont répondu à un questionnaire en ligne posté par le chercheur dans les différents groupes Telegram et Facebook du mouvement « Bloquons tout ».
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