LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment comprendre la guerre commerciale menée par les États-Unis ?
DOMINIQUE DE VILLEPIN — Donald Trump part du principe que le commerce international est un jeu à somme nulle et que son pays en serait le grand perdant. C'est faux : les États-Unis bénéficient largement des échanges mondiaux, finançant leurs énormes déficits commerciaux et budgétaires sur le dos du reste du monde.
Cette stratégie peut-elle être payante ?
Non, car les choix de Trump asphyxient les classes moyennes et populaires. Même les élites technologiques, qui avaient misé sur le trumpisme, constatent leurs pertes. Quand on fait le bilan des initiatives de la Maison-Blanche, qui sont les premiers perdants ? Les Américains eux-mêmes.
Cette guerre commerciale débouche aussi sur un affrontement entre les États-Unis et la Chine. Assiste-t‑on aux débuts d'une guerre des empires ?
C'est ma conviction. D'ailleurs, ce bras de fer ne se limite pas à une simple confrontation économique. C'est un combat global, systémique, un affrontement stratégique et civilisationnel entre puissances. Deux visions du monde entrent en collision.
Quels sont les risques de cette confrontation ?
Celui d'un nouvel âge de fer, d'une guerre hybride totale, mondiale. D'ailleurs, il faut remarquer combien le mot « guerre » a envahi tous les champs. Tout fait guerre : l'économie, le commerce, l'information, le cyber... Cela s'accompagne d'une reféodalisation du monde, un retour à des pratiques brutales et archaïques où la loi du plus fort prend le dessus.
Les trois mots d'ordre trumpiens reflètent bien cette mentalité mercantiliste et extractiviste : forez, taxez, cliquez !
Par Antoine Malo et Soazig Quéméner