Les vraies raisons du revirement de Trump sur les droits de douane

Pour de nombreux observateurs, l’envolée du taux obligataire serait la principale raison du revirement de Trump sur les droits de douane.
Reuters

Pour de nombreux observateurs, l’envolée du taux obligataire serait la principale raison du revirement de Trump sur les droits de douane.
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La panique a cédé à l'euphorie ce jeudi matin sur les marchés. La raison : prenant de court tout le monde, hier soir Donald Trump a annoncé, via un post sur son réseau Truth Social, la suspension, pour quatre-vingt-dix jours, de ses droits de douane « réciproques » infligés à l'ensemble des pays du globe. À l'exception, très remarquée... de la Chine, qui écope d'une majoration à 125 % des taxes douanières, après la salve de 104 % décidés peu de jours auparavant.
Soulagement temporaire pour les investisseurs donc. Mais derrière une question revient de manière persistante chez les analystes marchés et médias du monde entier : pourquoi un tel revirement ? Les premiers commentaires évoquent l'imprévisibilité du président américain, qui aime s'autoproclamer génie dans « l'art du deal ». Mais d'autres raisons, très pragmatiques, semblent avoir précipité le coup de volant trumpien.
Bien que Donald Trump ait nié que ce revirement soit lié à la pression des marchés, plusieurs de ses commentaires trahissent cette posture. Interrogé par la presse hier, le dirigeant a notamment reconnu qu'il surveillait la chute du marché américain de la dette, ou marché obligataire, avant de décider de sa pause. Et d'ajouter, à demi-mot, avoir constaté que ses surtaxes douanières « effrayaient un peu » des investisseurs « fébriles ».
Ces mots paraissent faibles : entre lundi et mercredi, le taux d'emprunts américain a littéralement flambé, montant jusqu'à 4,5 %, soit une hausse de 0,7 %, ce qui est considérable sur ce type de produit boursier. Le signe clair de la fuite des investisseurs pour la dette obligataire américaine, pourtant un des actifs les plus fiables et rentables du monde, de part son statut de valeur refuge. Le premier pays qui a alerté l'équipe Trump n'est autre que le Japon, premier détenteur de dette américaine avec 1 100 milliards de dollars en main. Derrière, la Chine en détient 760 milliards. En sachant que l'Asie dans son ensemble détient la majorité, soit 3 000 milliards de dollars. Les pays de la zone ont donc, de facto, un moyen de pression sur les États-Unis.
À rappeler aussi pour bien comprendre le degré d'attention de l'administration Trump à ce paramètre : très recherchés, les obligations américaines, adossées à un dollar fort, financent en grande partie l'immense dette des États-Unis, et donc le fort dynamisme de l'économie américaine.
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Dans The Rest Is Politics US, un podcast qu'il coproduit, le patron de fonds d'investissement Anthony Scaramucci, aussi ex-proche de Trump et directeur de la communication de la Maison-Blanche en 2017, a partagé hier cette analyse, avant que Trump annonce sa décision : « Le premier véritable test de l'appétit pour la dette américaine aura lieu aujourd'hui [ce jeudi], lorsque le Trésor devra refinancer 39 milliards de dollars de bons du Trésor à 10 ans. »
Comme le relate une source du Wall Street Journal, l'autre facteur déterminant de cette décision « est que de nombreux pays sont en négociations avec l'administration américaine ». D'ailleurs c'est la raison que met davantage en avant Donald Trump. La preuve, selon lui, de la réussite de sa stratégie et « qu'il sait ce qu'il fait », comme il s'en est vanté hier lors d'un discours avec des caciques du Parti républicain. « Plus de 75 pays » auraient contacté son administration pour entrer en négociation commerciale, a même indiqué le dirigeant, sur Truth Social. En jeu, selon Trump : « des accords sur mesure, pas du prêt-à-porter, mais de la haute couture ». Et d'abord avec les alliés militaires de l'Amérique, comme le Japon et la Corée du Sud.
Les dirigeants qui le connaissent le savent : fidèle à sa diplomatie dite « transactionnelle », le président américain adopte toujours la même méthode pour sortir gagnant de ses négociations : menace et coup de pression via une proposition radicale, puis suivie de la réaction en face, et en fonction de, une nouvelle proposition pour conclure le « deal ». Une stratégie qui pourrait payer avec la signature d'accords commerciaux bilatéraux entre les États-Unis et les pays étrangers. À commencer par l'Union européenne, grande commerçante avec son voisin d'outre-Atlantique, qui s'est montrée ouverte à la négociation, et a veillé à ne pas prendre des mesures de rétorsions trop fortes.
Une autre raison, à prendre avec plus de pincettes, est également évoquée par les sources du Wall Street Journal ce jeudi. Trump, grand consommateur d'informations en continu, aurait déclaré avoir regardé mercredi matin l'interview sur Fox News de Jamie Dimon, PDG influent de la grande banque JPMorgan.
« Au cours de l'entretien, Dimon a déclaré qu'une récession était une ''conséquence probable'' du nouveau programme de droits de douane », explique le quotidien économique. Le magnat de la finance a aussi exhorté Donald Trump « à laisser à Scott Bessent le temps de conclure des accords » avec les partenaires commerciaux des États-Unis. « Je suis serein, mais la situation pourrait empirer », a a-t-il prévenu.
Jamie Dimon n'a, selon le média américain, « pas eu de conversation de fond avec Trump depuis des années ». Mais il sait que ses avis sont scrutés par Donald Trump et son entourage proche, d'autant plus lorsqu'ils sont partagés sur Fox News, la chaîne conservatrice préférée du président américain.
Maria Bartiromo, la présentatrice qu'il l'a interviewé est également l'une des journalistes les plus influente auprès du président Trump, qui l'apprécie, et vient de la nommer à ses côtés, au conseil d'administration du Kennedy Center de Washington, une institution très prestigieuse.
« Tout le monde était très enthousiaste à propos de l'agenda du président Trump — la déréglementation, l'exploitation de l'énergie, les baisses d'impôts — et maintenant, boum, avec ces tarifs douaniers, tout a changé », a-t-elle alerté, lors de son échange avec le patron de Jamie Dimon. Et de poser cette question directe : « Des chefs d'entreprise me disent : "Pourquoi est-ce qu'on [l'administration Trump] fait ça ?" », en référence à la politique trumpiste des droits de douane.
S'il est difficile de savoir le vrai degré d'influence de ces propos auprès de Donald Trump, ils font écho à cette information du Wall Street Journal : « Ces derniers jours, dirigeants d'entreprises et lobbyistes ont inondé le téléphone de Susie Wiles, la directrice de cabinet de la Maison-Blanche. »
Plus opérant, le dernier facteur de la décision de Trump n'est autre que la teneur des sondages quant à ses premières actions en tant que président. Selon un sondage mené entre le 27 mars et le 1er avril par le Wall Street Journal (avant l'annonce du nouveau régime douanier donc), 54 % des électeurs américains s'opposaient aux taxes sur les produits importés, contre 42 % favorables. Au mois de janvier 2025, 46 % des Américains s'opposaient à l'idée, tandis que 48 % la soutenaient. Autre chiffre clé : près de 75 % des électeurs affirment que la hausse des droits de douane augmentera le prix des produits qu'ils achètent, contre 68 % en janvier.
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Pour le président américain, garder avec lui une base électorale solide est déterminant. Car l'une de ses promesses principales est de redonner du pouvoir d'achat aux travailleurs américains, notamment les plus modestes. Sa politique économique est donc scrutée de près par ses soutiens. Une accélération de l'inflation, voire pire, une récession des États-Unis, serait un vrai désaveu. D'autant plus qu'en 2026, des élections de mi-mandat vont se tenir. Un risque politique majeur pour le président Trump.