Taxes Trump : à qui profite la « pause » ?

Agathe Perrier

L’indice composite Nasdaq a bondi de +12 %, soit sa meilleure séance depuis 2001.
Brendan McDermid

Agathe Perrier

L’indice composite Nasdaq a bondi de +12 %, soit sa meilleure séance depuis 2001.
Brendan McDermid
La volte-face de Donald Trump mercredi sur les droits de douane réciproques a fait bondir les indices boursiers. Ils ont connu une hausse spectaculaire qui a permis aux milliardaires de gagner quelque 304 milliards de dollars (environ 276 milliards d'euros) en une seule journée, selon le Bloomberg Billionaires Index. Elon Musk, à lui seul, a vu sa fortune augmenter de 36 milliards de dollars (33 milliards d'euros) grâce à la flambée des actions de Tesla (+22 %).
Outre l'excentrique homme d'affaires, d'autres grandes fortunes ont profité directement de la hausse généralisée des marchés. Particulièrement dans les secteurs technologiques et industriels puisque, parmi les plus grands gagnants de la journée, figurent les sept plus grandes valeurs technologiques, les fameuses « 7 magnifiques ».
À titre d'exemple, l'action Nvidia a progressé de +19 %, augmentant la valeur du fabricant de puces de 439,9 milliards de dollars (399 milliards de dollars), soit la plus forte hausse de capitalisation boursière en une journée jamais enregistrée pour une entreprise, selon Dow Jones Market Data.
Plus globalement, les actions des grandes entreprises américaines se sont envolées. Le S&P 500, très suivi, a clôturé en hausse de +9,5 %, soit sa plus forte croissance en pourcentage depuis la crise financière de 2008. L'indice composite Nasdaq, à forte composante technologique, a, lui, bondi de +12 %, soit sa meilleure séance depuis 2001.
Derrière cette euphorie, une ombre plane. Car trois heures avant l'annonce de ce revirement et alors que la Bourse de New York venait d'ouvrir, Donald Trump a posté sur son réseau Truth Social : « THIS IS A GREAT TIME TO BUY!!! [en français : C'est un super moment pour acheter !!!] ». Une déclaration qui intervient alors que les marchés chutent lourdement, tirés par les annonces de droits de douane réciproques. « Ceux qui ont acheté en voyant cette publication ont gagné beaucoup d'argent », reconnaît Richard Painter, critique du dirigeant américain et ancien avocat spécialisé en éthique à la Maison-Blanche, auprès du média Time.
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Autre élément qui intrigue : Donald Trump a signé son post des lettres « DJT ». Celles-ci représentent à la fois ses initiales et l'abréviation en Bourse de son entreprise de médias, Trump Media & Technology Group. Or, l'action de la société a clôturé la journée avec une coquette hausse de +21,67 %.
Interrogé par le Time sur le moment où il a pris sa décision de mettre sur pause l'entrée en vigueur des droits de douane réciproques, Donald Trump a donné une réponse confuse. « Je dirais ce matin, a-t-il déclaré. J'y ai beaucoup réfléchi ces derniers jours. » Et d'ajouter : « Assez tôt ce matin. »
Sollicité dans la foulée, un porte-parole de la Maison-Blanche a expliqué que le message posté par le président fait partie de ses fonctions. « Il est de la responsabilité du président des États-Unis de rassurer les marchés et les Américains sur leur sécurité économique face à l'alarmisme incessant des médias », a écrit Kush Desai au journal américain.
Reste que, très rapidement mercredi, des accusations de manipulation des marchés visant Donald Trump ont inondé les réseaux sociaux. Pour mémoire, la manipulation de cours consiste à effectuer des opérations ou à émettre des ordres de Bourse « qui donnent ou sont susceptibles de donner des indications fausses ou trompeuses sur l'offre, la demande ou le cours » d'un (de) titre(s), explique l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Un spécialiste en éthique a lui aussi estimé qu'il y avait matière à s'interroger. « Les présidents ne sont pas des conseillers en investissement », a écrit sur X Richard Painter. « Ce scénario pourrait exposer le président à des accusations de manipulation du marché », a-t-il ensuite précisé sur la chaîne NBC.
Voire plus grave encore : à des accusations de délit d'initié. Cette pratique « consiste à utiliser des informations confidentielles pour se donner un avantage lors de l'achat et de la vente d'actions », rappelle le média The New Republic. Des proches de Donald Trump pourraient ainsi en avoir profité.
Pour en avoir le cœur net, le sénateur démocrate de Californie, Adam Schiff, a appelé mercredi à une enquête parlementaire. « Qui, au sein de l'administration, était au courant du dernier revirement tarifaire de Trump ? Quelqu'un a-t-il acheté ou vendu des actions et en a-t-il tiré profit aux dépens du public ? J'écris à la Maison-Blanche : le public a le droit de savoir », a-t-il écrit sur X.
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Cette question de « qui savait ? » brûlent toutes les lèvres. Si une enquête prouve qu'il y a bien eu manipulation de cours ou délit d'initié, les responsables pourraient faire l'objet de poursuites judiciaires. En découlerait une probable perte de confiance dans les institutions américaines et leur gestion économique. La pression serait alors forte pour renforcer la réglementation sur les conflits d'intérêts et la transparence.
Agathe Perrier