LA TRIBUNE DIMANCHE — Emmanuel Macron envisage d'organiser un référendum. Est-ce une bonne idée ?
JEAN-FRANÇOIS COPÉ — C'est surtout une astuce pour gagner du temps et faire perdurer un pouvoir présidentiel affaibli. Après le remaniement ministériel et la dissolution, il s'agit d'un des derniers outils dont dispose Emmanuel Macron pour s'en remettre à la volonté populaire. Le prochain, c'est la démission.
Quelles leçons avez-vous tirées de l'échec de 2005 ?
On gagne rarement un référendum. Les citoyens sont presque à chaque fois tentés de le transformer en plébiscite « pour ou contre le président ». Le dévoiement du débat public est inhérent à ce type de procédure, qui en réalité ne permet pas de répondre à la question posée. La différence avec la situation actuelle, c'est qu'en 2005 le référendum ne comportait pas de danger pour l'institution présidentielle. Il portait sur l'approbation d'un traité européen et pouvait être dissocié de la question de la confiance dans le président de la République. Jacques Chirac disposait de la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Il a pu répondre à ce désaveu par un changement de gouvernement, dont Emmanuel Macron, lui, a déjà usé et abusé. Seul un référendum sur un thème hyper consensuel - et donc inutile - a une chance d'aboutir. C'est donc une prise de risque majeure.