OPINION. « Si nous voulons désarmer les Frères musulmans, il nous faut réarmer la promesse républicaine », par Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes
Par Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations
Aurore Bergé veut « combattre l’idéologie islamiste par des normes, des règles claires et effectives »
Face à l’entrisme des Frères musulmans, Aurore Bergé appelle à réarmer la promesse républicaine et à faire de la lutte contre les discriminations une priorité nationale.
Le rapport sur les Frères musulmans, souhaité par le président de la République et remis au gouvernement, fait œuvre utile. L'islamisme est à l'offensive. Les Français le savent bien, eux qui voient de leurs propres yeux certaines pratiques s'ancrer, certains discours s'affirmer. C'est une menace existentielle, mais certainement pas nouvelle.
Ce qui est nouveau, c'est ce deal très clair passé entre l'islam politique et l'extrême gauche, avec l'antisémitisme en bandoulière et la laïcité pour cible. D'abord à bas bruit au niveau local. Et depuis le 7 octobre 2023, de façon décomplexée, revendiquée. Cela, les Français le régleront dans les urnes. Ils sauront ramener LFI au niveau qui doit être le sien : résiduel.
Ce qui est nouveau, c'est aussi le fossé qui ne cesse de se creuser avec une partie de nos compatriotes qui se sentent comme des étrangers dans leur propre pays. C'est un poison mortel pour notre société. Il revient à mettre au ban un pan entier de la nation et à l'offrir à la meute insoumise en chair à canon électorale.
Ce qui est à l'œuvre, c'est une tectonique des plaques qui menace de voir deux continents se détacher au sein de notre pays. Et de manière définitive. Nous disposons du diagnostic. Reste à faire des choix politiques. Nous en avons déjà été capables sous ces deux quinquennats et sous d'autres. C'est le temps du courage et de la clarté.
Ni soumission ni rejet. Quand la République est défiée, elle ne se soumet pas, elle mène le combat. Mais certainement pas à grands coups de stigmatisation d'une composante de la nation. Choisir, c'est renoncer, et la République ne renonce à aucun de ses enfants.
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Il nous faut porter une double puissance. Celle de la République
Une autre erreur serait de rechercher je ne sais quel point d'équilibre entre un-peu-de-laïcité-mais-pas-trop pour ne pas offenser les uns et un-peu-de-communautarisme-mais-pas-trop pour ne pas froisser les autres. L'équidistance est une impuissance. À l'inverse, il nous faut porter une double puissance. Celle de la République. Puissance de la République face à l'entrisme islamiste d'abord.
Sans tabou, sans se laisser intimider par la meute, avec la force tranquille de nos fondamentaux laïques et républicains. La République a su se doter de grandes lois de laïcité. On combat l'idéologie islamiste par des normes, des règles claires et effectives.
Et la lutte contre l'entrisme ne peut se contenter d'une police du vêtement. C'est un véritable choc de laïcité qu'il nous faut appliquer à tous les étages. Nous connaissons en particulier le rôle de l'école pour déconstruire le contre-modèle que tente d'imposer l'islamisme. Ses porte-parole ont bien compris que la (dé)formation des jeunes cerveaux est la mère de toutes les batailles. Il n'y a pas de générations perdues, il n'y a que des générations que l'on abandonne. N'abandonnons personne. Puissance de la République face à la haine et aux discriminations ensuite.
On ne peut ignorer les sentiments qui traversent une grande part de nos compatriotes musulmans. À force de se sentir en France comme dans le pays d'origine de leurs grands-parents « doubles étrangers », ils finissent par se laisser convaincre qu'au bout du compte ils ne sont plus que musulmans. Que cette identité les résume.
La lutte contre toutes les formes de racisme est une urgence absolue. Il faut à présent passer aux travaux pratiques et le recul des discriminations liées à l'origine est la pointe avancée de ce combat.
Le pacte républicain repose sur la promesse portée en son cœur par l'Éducation nationale : « Travaille, mon fils, travaille, ma fille, et tes mérites seront récompensés. » Tant que des Français se sentiront moins égaux que d'autres dans l'accès à l'emploi ou au logement, jamais on ne pourra les convaincre de faire nation commune. Pire, nous les jetons dans les bras de ceux qui veulent nous fracturer, nous diviser, nous séparer.
Il est temps de faire passer la lutte contre les discriminations au premier rang de nos priorités en ne permettant plus qu'un seul Français fasse les frais de ses origines. Si nous voulons désarmer les Frères musulmans, il nous faut réarmer la promesse républicaine. Implacables et lucides face à l'entrisme islamiste. Implacables et lucides face aux discriminations qui résistent. En même temps.
Par Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations