L'édito de Bruno Jeudy. François Bayrou et le sens de la marche
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Regarde les hommes tomber. Le titre du film de Jacques Audiard convient parfaitement pour définir la situation politique de ces derniers mois. En effet, 2024 a médusé les observateurs les plus avertis de notre démocratie et entraîné la Ve République dans un tourbillon sans fin. Pas moins de quatre Premiers ministres se sont succédé. Un record peu enviable d'instabilité.
Un ancien président, Nicolas Sarkozy, a été condamné à un an de prison ferme avec le port infamant d'un bracelet électronique. François Hollande est redevenu un député de base inféodé de facto aux Insoumis. Michel Barnier a été balayé en quelques semaines par une motion de censure. Quant à Bernard Cazeneuve, il est condamné au rôle de l'Arlésienne ou du spectre de Matignon.
Ce vaudeville prêterait à sourire si notre pays n'était pas confronté à une profonde crise financière, économique et sociale. L'impopularité croissante d'Emmanuel Macron atteste qu'il est considéré comme le responsable du délabrement de nos institutions et du champ de ruines politique. Les palinodies du président le désignent comme la prochaine cible de ce chamboule-tout.
En cédant à ses impulsions avec la surréaliste dissolution ou en érigeant l'indécision en principe de choix d'un Premier ministre, il transforme la fin de son quinquennat en une indigne mise à mort d'une Ve République qui faisait la fierté des Français et apparaissait comme un modèle pour beaucoup de nos voisins européens.
Les extrêmes - LFI et RN - mènent désormais le bal en faisant tomber les têtes dans une alliance aussi improbable que dévastatrice. Pourtant, les censeurs de l'échafaud politique auraient tort de se réjouir, à l'image de Marine Le Pen peut être promise en mars prochain au couperet de l'inéligibilité.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

La nomination à Matignon de François Bayrou, présenté comme le parangon du politique chevronné et un expert dans l'art du dialogue, laissait espérer une accalmie. Mais ses débuts laborieux montrent la difficulté à trouver ce fameux chemin de la réconciliation et de l'apaisement. Un chemin dont tous les responsables parlent, à croire qu'ils ont été convertis au charme de la randonnée. Sans doute voudraient-ils croire comme Goethe qu'« on peut bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin ».
Le chef du gouvernement tente de se donner un délai de survie en proposant neuf mois d'échanges pour reprendre la réforme des retraites tant décriée. Un moyen de souffler... pour mieux jouer son rôle de chef du gouvernement engagé dans un sacré numéro d'équilibriste. Malgré ses efforts, il n'aura pas convaincu des responsables PS de s'arrimer à sa future équipe.
Ces derniers, comme d'autres, ont été surpris de voir l'expérimenté Bayrou commettre une erreur de débutant dès ses premiers pas. En mobilisant les services de l'État (avion, agents de sécurité...) pour se rendre à un ordinaire conseil municipal en pleine tragédie à Mayotte, il a écorné le déjà faible capital confiance dont il bénéficiait le jour de sa nomination.
À lire également
>>> Retrouvez l'édition complète de La Tribune Dimanche du 22 décembre 2024 dans vos kiosques à journaux et sur notre kiosque numérique.
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction