L'île de Ré, ce « coin de paradis » en première place de notre Top 100 des destinations touristiques estivales idéales
Malgré son image huppée, l’île de Ré s’attache à préserver une atmosphère que vacanciers et habitants jugent « authentique ».
Mathis Beautrais, envoyé spécial en Charente-Maritime
« Dès qu'on passe le pont, on se sent déconnecté. Même en vivant ici à l'année, je le ressens en rentrant de vacances », témoigne Alexandra Hemmen, qui vend ses céramiques sur le marché d'Ars.
Le soleil inonde le port de Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime), ce mercredi midi de juin. Dans le parc voisin, deux cyclistes s'offrent une pause bienvenue à l'ombre des arbres. « On étouffe ! » soufflent d'une voix Tania et Gilles, la cinquantaine, en détachant leur casque. Originaire de l'Ain, le couple passe plusieurs jours sur l'île de Ré pour en faire le tour à bicyclette. « C'est un endroit agréable, connu pour ses pistes cyclables, s'expliquent-ils en étalant une carte sur un banc. Alors, quand on aime le vélo et l'océan, c'est l'idéal. »
Habitués de la côte atlantique, Tania et Gilles jurent toutefois qu'ils n'auraient pas entrepris pareille excursion en août, fréquentation touristique oblige. Car, comme eux, des centaines de milliers de vacanciers affluent chaque été sur l'île. Selon le département, ce sont même plus de 1,8 million de véhicules qui, tous les ans, entre début avril et mi-septembre, passent le pont qui relie Ré à La Rochelle. Un constat qui confirme l'attractivité de ce bout de terre à peine plus petit que Paris, réputé pour ses marais salants et le charme de ses villages.
« J'ai trouvé mon coin de paradis », appuie Eddy, 75 ans, qui profite de la marée haute pour jeter son épuisette depuis le remblai de La Flotte, à l'est. À la fin de sa carrière, cet ancien salarié de Pôle emploi n'a pas hésité à s'installer sur l'île de Ré, où il avait l'habitude de passer ses vacances. Il ajoute : « Il y a pire endroit pour passer sa retraite. » Alexandra Hemmen, qui vend ses céramiques sur le marché d'Ars, est du même avis. « Dès qu'on passe le pont, on se sent déconnecté. Même en vivant ici à l'année, je le ressens en rentrant de vacances. »
Qu'ils soient touristes de passage ou résidents permanents - les dix communes de l'île en comptent 17.000 -, tous reconnaissent à ce territoire une certaine authenticité. Mais concrètement ? « L'insularité fait que ce n'est pas dénaturé, poursuit Alexandra Hemmen. Chaque village a son charme et l'île reste assez rurale. »
L'île des stars
Terre historiquement agricole, Ré a aussi pour elle un climat plutôt doux et une architecture singulière : outre les façades blanches qu'ornent les roses trémières à la belle saison, elle abrite une citadelle façon Vauban et le phare des Baleines, à la pointe ouest, est l'un des plus visités de France.
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Il y a beau avoir Vanessa Paradis aux Portes ou Lionel Jospin à Loix [deux villages de l'île], peu importe. L'île de Ré, ce n'est pas "bling-bling". Eux-mêmes viennent pour ça !
Romain Pédurant, saunier
Le lieu ne maquille pas non plus son côté un peu pompeux. Devant le Toiras, bel hôtel cinq fois étoilé sur le port de Saint-Martin, s'étale une ribambelle de voitures de luxe. L'île de Ré est aussi connue pour être la destination préférée de nombreuses personnalités... sans que les habitants s'en vantent.
« Il y a beau avoir Vanessa Paradis aux Portes ou Lionel Jospin à Loix [deux villages de l'île], peu importe, balaie Romain Pédurant, saunier - le nom local des producteurs de sel. L'île de Ré, ce n'est pas "bling-bling". Eux-mêmes viennent pour ça ! » Vincent Lindon, Patrick Bruel, Karine Le Marchand, Valérie Lemercier et Bruce Toussaint goûtent eux aussi le charme rétais.
Savoyard de naissance, Romain Pédurant s'est installé sur l'île en 2005 après y avoir passé quelques étés en tant que saisonnier. « Je suis tombé amoureux de cet endroit », raconte-t‑il depuis la terrasse du cabanon qui surplombe son marais salant.
Son programme du soir ? La récolte de la fleur de sel, qui se présente sous la forme d'une fine plaque scintillante affleurant la surface de l'eau. Il complète : « Les Rétais vivent avec la mer et les marais. C'est l'identité de l'île. C'est peut-être moins populaire qu'à une période, mais l'atmosphère reste assez simple. On n'est pas dans le Sud ! C'est ça qui est agréable. »
Un territoire « privilégié »
Du côté de l'office de tourisme, on ose la même comparaison. « Ici, ce n'est pas la foule de la Côte d'Azur », argue Gisèle Vergnon, maire de Sainte-Marie et présidente de la structure. D'ailleurs, l'île ne subit pas de surfréquentation touristique. Elle attirerait même des vacanciers de plus en plus conscients des impératifs de protection du patrimoine naturel. « Avant, on parlait de l'île de Ré comme du lieu où il fallait être car telle ou telle personnalité y passait ses vacances, poursuit l'édile. Aujourd'hui, il y a des intérêts plus pérennes. »
Parmi les sites valorisés : la réserve naturelle de Lilleau des Niges, gérée par la Ligue de protection des oiseaux, ou encore les quatre secteurs boisés composant la forêt domaniale de l'île de Ré. S'ajoutent à cela 18 kilomètres de cordon dunaire et une soixantaine de domaines ostréicoles. « C'est un territoire très privilégié et très sauvegardé », résume Gisèle Vergnon. Une partie du montant de l'écotaxe dont s'acquittent ceux qui empruntent le pont finance la protection de l'environnement, et 80 % de la surface de l'île est non constructible.
En 2025, la communauté de communes a aussi introduit une nouvelle politique de régulation des meublés de tourisme. Chaque commune dispose ainsi d'un quota. « Il ne s'agit pas de mettre l'île sous cloche, conclut Gisèle Vergnon. Simplement d'avoir conscience que l'on a un environnement exceptionnel qu'il faut préserver. » L'argument sonne comme un parfait écho à l'image si « naturelle » de l'île que mettent en avant les vacanciers.
Mathis Beautrais, envoyé spécial en Charente-Maritime