Eau à 25°C, drapeau vert et (vraie) Paris Plage : on a testé pour vous la baignade dans la Seine
Mathis Beautrais

Un siècle après son interdiction, la baignade dans la Seine est de nouveau autorisée.
LTD/Raphael Lafargue/ABACA
Mathis Beautrais

Un siècle après son interdiction, la baignade dans la Seine est de nouveau autorisée.
LTD/Raphael Lafargue/ABACA
On nous l'avait pourtant déconseillé. Trop sale, trop froide. À en croire les mines sceptiques de ceux à qui l'on annonçait notre projet de prendre part à la première baignade en Seine de l'été, ce samedi 5 juillet à Paris, il s'agissait de tout sauf d'une bonne idée. Il régnait tout de même en fin de matinée une joyeuse effervescence autour du port de Grenelle, au pied de la tour Eiffel.
« On va envoyer des photos à la famille, ça va faire son petit effet », sourit par avance Pierrick, trentenaire curieux. La raison de sa venue ? « Le coût ! 1,4 milliard d'euros, il faut les rentabiliser. Mais je ne suis pas encore sûr de mettre la tête sous l'eau. »
Outre le site de Grenelle, deux autres lieux de baignade aménagés dans le fleuve sont ouverts à Paris jusqu'à la fin de l'été. L'un à Bercy, l'autre sur la rive droite, face à l'île Saint-Louis. Délimitée par un ponton, une ligne d'eau et surveillée par des maîtres-nageurs, chaque zone est accessible gratuitement.
Trois décennies après la promesse fameuse de Jacques Chirac formulée en 1988 : « J'irai me baigner dans la Seine devant témoins pour vous prouver [qu'elle] est devenue un fleuve propre », un aboutissement permis par des travaux de plomberie visant à assainir le fleuve en vue des Jeux olympiques de 2024 d'abord, puis du retour du grand public, tenu à l'écart depuis 1923.
Dans la file d'attente, on se rappelle ainsi en riant un sketch des Inconnus qui, dans les années 1990, tournaient en dérision la qualité de l'eau du fleuve. Car c'est bien cette question qui est sur toutes les lèvres.
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« Le niveau des deux principales bactéries que nous contrôlons est très en dessous des seuils réglementaires, rassurait plus tôt dans la matinée le préfet d'Île de France, Marc Guillaume. Dix fois moins pour l'une, 25 fois moins pour l'autre. » De quoi faire dire à la maire de la capitale, Anne Hidalgo, accueillie par les remerciements sonores d'une poignée de baigneurs, que « la promesse de Paris Plage » est désormais « pleinement réalisée ».
Notre tour vient après 40 minutes de patience. Le temps de réguler la capacité de l'aire baignable, fixée à 150 personnes. Passage éclair aux vestiaires - le site du bras Marie n'en possède pas - et nous voilà au bord de l'eau. Avant de se lancer, chacun attache autour de sa taille une ceinture reliée à une petite bouée jaune façon Alerte à Malibu.
Aucun test de natation formel n'est prévu. Mais la quinzaine de maîtres-nageurs mobilisés sur le ponton s'assure que tous ceux qui entrent dans l'eau y sont à l'aise. Car, la profondeur de la Seine est en moyenne de 3,50 mètres. Sur le côté, un petit bassin accueille les enfants. « L'eau est chaude et on voit nos pieds, relate Delphine, 54 ans, livrant ses premières impressions. C'est un moment très agréable. Tout le monde est joyeux. Ça fait un moment que les Parisiens attendaient ça ! »
Selon la mairie, la température de surface du fleuve s'élevait à 25 °C pour ce premier jour de baignade. « C'est la Méditerranée ! » ose carrément Enrick, Allemand expatrié à Paris. Derrière nous, certains s'adonnent à quelques longueurs. Sans craindre les vagues des bateaux qui empruntent le fleuve : sur les créneaux de baignade, les bras de Seine concernés sont fermés à la navigation.
Comme à la plage, un drapeau vert atteste des bonnes conditions de baignade. En cas de pluies trop importantes, l'eau peut être impropre pendant quelques jours. C'est précisément ce qui, l'été dernier, avait conduit au report d'une épreuve des Jeux olympiques.
Une perspective qui n'entame pas l'enthousiasme des Parisiens présents ce samedi matin. « C'est une façon de s'adapter au changement climatique », veut croire Delphine. « J'imagine que trois sites ne seront pas suffisants. Il faudrait qu'on puisse, comme dans d'autres villes d'Europe, plonger d'un côté et ressortir de l'autre ! » appuie Clémence.
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Selon Anne Hidalgo, une trentaine de sites sont à l'étude à l'échelle de l'Île-de-France. Les trois lieux de baignade parisiens s'ajoutent à plusieurs plages existantes en bord de Marne, comme à Joinville-le-Pont, à 15 kilomètres à l'est de la tour Eiffel. Mais nombre de Parisiens restent à convaincre. Sur le quai surplombant les baigneurs de Grenelle, Édouard, père de famille, observe la scène d'un œil sceptique. « Je préfère me baigner à la mer ou à la piscine que dans la Seine... Question d'hygiène. »
Mathis Beautrais