Le 9 décembre prochain, Adèle Haenel, figure du mouvement MeToo, est attendue au tribunal face au réalisateur Christophe Ruggia qu’elle accuse d’agressions sexuelles. Retirée des plateaux de cinéma, elle se consacre au théâtre expérimental et mène les combats de la gauche radicale.Nous avons retrouvé Adèle Haenel à Clermont-Ferrand, sur la scène de la Comédie, devant 300 spectateurs. Assise dans l'obscurité au volant d'une voiture noyée de fumigènes, elle mange des chips. Son personnage, Clara, est accompagné par son frère, Félix. Ils ont dansé toute la nuit dans une fête ; l'heure tardive est aux réminiscences douloureuses d'une enfance brisée par l'inceste. Extra Life, mis en scène par Gisèle Vienne, est une performance physique, visuelle et sonore exigeante, déroutante, agressive, une expérience dont on sort éreinté.
La pièce, ses dialogues, autant que ses (longs) silences, dénoncent les ravages des violences sexuelles sur la santé mentale. « Ça fait peur de parler ; c'est pas le silence qu'on brise, c'est un ordre du monde » : une réplique taillée pour celle qui fut l'une des premières en France à s'élever contre le tabou des violences sexistes ou sexuelles (VSS) et à mettre en cause la responsabilité de chacun dans sa propagation.
En 2019, elle a porté plainte contre Christophe Ruggia, le réalisateur de son premier film, Les Diables, qu'elle accuse d'agressions sexuelles. Elle rapporte des faits commis alors qu'elle avait entre 12 et 15 ans, des « attouchements » répétés sur les « cuisses » et « le torse », des « baisers forcés dans le cou », un « harcèlement sexuel permanent », décrit-elle à Mediapart, que Ruggia a toujours nié.
Quatre mois plus tard, à la cérémonie des Césars, elle crie « La honte ! » à l'annonce de la victoire de Roman Polanski. Son geste, salué par les féministes, moqué par les soutiens de Polanski, est résumé par l'écrivaine Virginie Despentes en un slogan repris à chaque rassemblement militant : « On se lève et on se casse ».