Procès du RN : l’imperturbable juge de Perthuis
Léna Ménager

Bénédicte Perthuis, magistrate, préside le procès des assistants parlementaires du RN.
LTD/Didier GOUPY / SIGNATURES
Léna Ménager

Bénédicte Perthuis, magistrate, préside le procès des assistants parlementaires du RN.
LTD/Didier GOUPY / SIGNATURES
Pendant un instant, à la barre, Marine Le Pen semble déstabilisée. Pour son dernier interrogatoire le 6 novembre, la triple candidate à l'élection présidentielle vient de s'emporter une nouvelle fois contre les « méthodes pas très loyales » de l'enquête... avant d'être recadrée aussitôt par la présidente Bénédicte de Perthuis. « Ici, on n'est pas en politique, on est devant un tribunal correctionnel », la rabroue la magistrate, imperturbable.
Habituée des affaires financières d'envergure, celle-ci a mené cet automne les débats au tribunal correctionnel de Paris. Demain, aux côtés de deux autres magistrats, c'est elle qui prononcera le jugement. Cinq ans de prison dont trois avec sursis, 300 000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire ont été requis contre la dirigeante du Rassemblement national.
Les avocats ont l'habitude de louer une juge au « style franc », « directif », mais qui « prend le temps d'écouter attentivement les parties ». « C'est quelqu'un qui maîtrise parfaitement ses dossiers, reconnaît Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro depuis 2001. Ses questions sont toujours opportunes. En cela, elle est assez redoutable. »
La veille, le 5 novembre, Marine Le Pen a ainsi pu s'exprimer longuement lors de sa première déclaration. Au risque de tourner en rond : « J'ai l'impression qu'on est dans un monde parallèle, où vous répétez des choses qui ne sont pas des réponses aux questions qu'on vous pose », pointe la magistrate. « Elle est assez transparente dans son raisonnement. Quand quelque chose bloque, elle le dit », décrypte un avocat qui a plaidé par le passé dans un procès qu'elle présidait.
Pour ce dossier des assistants parlementaires, la présidente de la 11e chambre a dû se plonger dans les documents comptables des cadres de l'ex-Front national. Avec à la clé beaucoup de chiffres... Le préjudice financier est estimé à 4,5 millions d'euros. A priori pas de nature à désemparer la magistrate de 63 ans, qui a commencé sa carrière loin des tribunaux, en tant qu'auditrice financière chez Ernst & Young.
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Elle devient juge sur le tard, à 37 ans, après avoir découvert par hasard Eva Joly dans une émission de télévision. La médiatique magistrate raconte ses journées à l'instruction à démêler des flux financiers complexes et à tirer le fil des responsabilités des uns et des autres.
En quelques minutes, l'auditrice financière est séduite. « Je me suis dit : c'est idiot, je n'ai jamais pensé à être magistrate, mais je pense que j'aurais adoré ce métier », raconte Bénédicte de Perthuis dans le podcast Tootak. Elle se décide à quitter son poste dans le privé, et à diviser par trois son salaire, pour devenir juge, d'abord aux affaires familiales au Havre, puis à Paris, où elle intègre le pôle financier du tribunal de grande instance.
La magistrate a fait ses armes dans plusieurs affaires financières : le procès des dirigeants d'EADS en 2014, puis celui des héritières de Nina Ricci - un des premiers dossiers du parquet national financier -, l'affaire Wendel en 2022, Dussopt en 2023... De fait, Bénédicte de Perthuis a l'habitude des politiques et des personnalités médiatiques. « Cela peut être un peu intimidant au départ, reconnaît-elle sur Tootak en 2020. La seule réponse par rapport à ça, c'est la compétence. Il faut connaître le dossier. »
« Comme beaucoup de juges issus de la 32e, elle n'est pas impressionnable », confirme un avocat. Reste que, dans le cadre du procès des assistants parlementaires, la peine d'inéligibilité requise avec exécution provisoire fait peser sur les épaules des magistrats une lourde pression médiatique.
Bénédicte de Perthuis ainsi que deux procureurs ont fait l'objet de menaces de mort, postées sur le site d'extrême droite Riposte laïque. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris. Sur les bancs de la défense, un certain discours hostile à la justice a aussi été réactivé. « C'est ma mort politique qu'on réclame », a fustigé Marine Le Pen.
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Pour y faire face, la juge a pour elle la règle juridique. « Sa force, c'est sa rigueur, témoigne encore un avocat pénaliste. Elle a le droit pour boussole. » Au sein du monde judiciaire, elle est respectée pour son impartialité. « Elle est assez indéchiffrable. À aucun moment dans le procès elle n'a laissé paraître un agacement », confirme Stéphane Durand-Souffland. Pour déchiffrer la décision de justice, Marine Le Pen, sera suspendue à ses lèvres demain.
Léna Ménager