L'édito de Bruno Jeudy. Procès du RN, au nom de la loi
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Depuis le siècle des Lumières, les Français sont particulièrement attachés à la séparation des pouvoirs et savent la difficulté qu'il y a à trouver une relation harmonieuse et équilibrée entre représentants politiques et juges, entre démocratie et État de droit. Ce lundi 31 mars - jour anniversaire de la naissance de Descartes, incarnation de la rigueur intellectuelle et de la raison -, trois magistrats vont décider du sort de Marine Le Pen à l'issue du procès de l'affaire des assistants parlementaires du RN.
Si elle est condamnée et déclarée inéligible automatiquement (sans attendre l'appel), elle sera mise hors-jeu pour la présidentielle de 2027. Une incroyable élimination judiciaire pour celle que les sondages placent en tête des intentions de vote. Ce séisme entraînerait des répliques politiques insoupçonnables. De quoi faire écho aux propos de Montesquieu dans De l'esprit des lois : « La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure. »
Comment ne pas imaginer que la dirigeante du RN, en représailles, ne soit pas tentée par la censure du gouvernement Bayrou et n'en appelle pas à une réaction populaire par le biais de pétitions et de manifestations ? Pourtant, les juges ne font qu'appliquer une loi votée par les politiques eux-mêmes : la loi Sapin II, adoptée en 2016 à la suite de l'affaire Cahuzac. Marine Le Pen elle-même ne s'y était d'ailleurs pas opposée...
Souvenons-nous qu'au début des années 2000 Philippe de Villiers proposait carrément d'instaurer l'inéligibilité à vie pour les élus. La promptitude à blâmer autrui caractérise la plupart des responsables politiques oublieux du sage adage : « Qui donne la leçon doit l'exemple. Sévérité bien ordonnée commence par soi-même. »
La tourmente judiciaire ne concerne pas la seule Marine Le Pen. Jeudi, la foudre s'est abattue sur Nicolas Sarkozy avec les sept ans de prison requis pour le financement de sa campagne présidentielle de 2007 par le pouvoir libyen de Kadhafi. On est franchement mal à l'aise.
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De deux choses l'une : soit le pacte de corruption est établi et la peine demandée est à la mesure de la gravité des faits ; soit il n'est pas coupable et l'ex-président ne peut que ressentir la monstruosité d'une telle accusation, véritable souillure sur l'honneur d'un homme d'État. Il reste une semaine à ses avocats pour convaincre les juges de sa bonne foi.
Qu'il s'agisse du procès Le Pen ou de celui de Sarkozy, ils mettent en lumière le défi auquel sont confrontées les démocraties européennes : garantir l'État de droit tout en permettant le fonctionnement de la démocratie. N'est-il pas hasardeux, voire périlleux, de confier à des juges le soin de déterminer la capacité de tel ou tel candidat à se présenter devant les électeurs ?
Ce ne serait pas rendre service à l'institution judiciaire et encore moins l'honorer que d'en faire l'instrument d'une lutte contre le populisme et de l'éradication de celui-ci. Pour que démocratie et justice en avril ne se découvrent pas d'un fil, on doit rappeler que l'humeur des magistrats n'entre pas dans le Code pénal et qu'un bon juge condamne le crime sans haïr le criminel.
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