ENTRETIEN EXCLUSIF — La nouvelle crise du football professionnel donne l’occasion à Marie Barsacq, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative de repenser son modèle. L’ex-directrice de Paris 2024 fait le tour de l’actualité : Alpes 2030, budget, rugby.En poste depuis moins de deux mois, Marie Barsacq ne manque pas de dossiers brûlants. Après le coup de rabot sur le budget et la mobilisation du monde sportif, les remous d'Alpes 2030 à la suite du retrait de Martin Fourcade, la nouvelle ministre des Sports, déjà « très inquiète » de la situation dans laquelle se trouve le football professionnel français, doit faire face au conflit entre la Ligue (LFP) et le diffuseur de la Ligue 1, DAZN.
La plateforme refuse de payer la moitié de l'échéance due et le tribunal de commerce de Paris ne rendra pas son ordonnance avant le 28 février.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Que vous inspire la passe d'armes juridique entre la Ligue et DAZN ?
MARIE BARSACQ — Cet épisode déclenche une prise de conscience quant à la précarité de la situation : l'engagement de DAZN sur le long terme suscite des interrogations. Mais il y a, plus globalement, la nécessité de repenser le modèle économique du football, trop dépendant des droits télévisés et des transferts. Ce système doit évoluer. J'en ai parlé avec Vincent Labrune et Philippe Diallo, qui sont d'accord. Philippe Diallo a annoncé pour fin février une réunion avec tous les acteurs. Je soutiens cette initiative et je participerai évidemment à ces travaux.
DAZN reproche, de son côté, une lutte défaillante contre le piratage...
Il n'y a pas de défaillance, mais c'est un enjeu majeur et nous prenons notre part sur ce sujet. J'ai redit aux différents acteurs ma volonté de renforcer la lutte contre le piratage, en lien avec l'Arcom. Aujourd'hui, pour agir de manière plus efficace contre ce phénomène, nous devons passer par la loi. Pour autant, ça ne répond pas entièrement à la problématique du modèle économique du championnat : un travail de fond est nécessaire pour sécuriser et diversifier les revenus, les répartir équitablement, mais aussi diminuer les charges, et rester attractif et compétitif. Il y aura des choix stratégiques à faire. Je serai à l'écoute, en soutien, vigilante à l'intérêt général du football, pas uniquement professionnel.
Propos recueillis par Solen Cherrier