De 2014 à 2021, Yves Leterme a enquêté sur les clubs en délicatesse avec le fairplay financier, qui édictait alors qu'un club ne pouvait dépenser plus qu'il ne gagnait. Mais il a été particulièrement accaparé par les deux qui sont aux mains de monarchies gazo-pétrolières.
L'ancien Premier ministre belge avait même exclu Manchester City de la Ligue des champions pour avoir sciemment contrevenu aux règles - sanction annulée par le Tribunal arbitral du sport (TAS). Autant dire qu'il suit avec attention le procès en cours en Angleterre...
LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment différenciez-vous le PSG et Manchester City, deux clubs-États, au regard de votre expérience avec eux ?
YVES LETERME — Je fais une grosse distinction entre le cas du PSG et celui de Manchester City. Avec Paris, nous avons toujours eu affaire à des dirigeants, comme M. Blanc [Jean-Claude Blanc, ex-directeur général], qui avaient la volonté de coopérer en toute transparence à l'application des règles du fair-play financier. Il y a eu beaucoup de discussions et, c'est vrai, il n'a pas été facile de trouver des solutions. Mais City, c'était vraiment autre chose. Une absence de coopération. La volonté de frauder était manifestement présente. C'est la raison pour laquelle nous avions proposé une exclusion [deux ans plus 30 millions d'euros d'amende, en février 2020], qui n'a malheureusement pas résisté à la procédure d'arbitrage.
En revenant sur votre sanction quatre mois plus tard, le TAS a-t-il décrédibilisé le fair-play financier ?
Oui, mais c'est surtout la crise sanitaire qui l'a mis en péril. Les dépenses étaient fixes, les recettes sous pression : ça a brouillé les évaluations. Concomitamment, l'UEFA a opté pour une nouvelle approche fondée sur les limitations de dépenses plus que sur l'équilibre [à partir de la saison prochaine, masse salariale, indemnités de transfert et commissions d'agent ne doivent pas dépasser 70 % des revenus]. Sur le papier, c'est plus proche de l'esprit du fair-play financier. Mais le problème fondamental demeure : les inégalités de ressources.