Quand l'homme revendique (aussi) le droit à l'égalité
Laurence Jaillard
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Laurence Jaillard
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Cette omerta, c'est un peu lui qui l'a brisée : Antoine de Gabrielli dirige Companieros, entreprise de formation dédiée aux grands enjeux managériaux. Travaillant sur la thématique de l'égalité professionnelle homme-femme, il soupçonne bien des non-dits et commence à réunir de façon informelle des hommes pour parler sans façon dans un bar. Et ils se lâchent : « Je réussis professionnellement, mais c'est au détriment de ma vie familiale, de ma vie personnelle : j'ai vraiment rencontré des hommes en souffrance. « Sacrifice », « frustration », voilà les mots entendus le plus souvent. » Mais des mots interdits dans le monde du travail. Alors, pour faire évoluer les esprits, il crée l'association Mercredi-c-papa et va plus loin à partir de juin 2013, en initiant des réseaux d'hommes, les Happy Men.
Dans ces cercles abrités au creux d'entreprises − huit à ce jour, dans des grands groupes (Orange, BNP-Paribas, SNCF, etc.) −, ces hommes étudient comment ils pourraient équilibrer leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Ce faisant, ils reconnaissent qu'a contrario, injonction est lancée aux femmes de privilégier leur vie familiale, sacrifiant dès lors leur vie professionnelle. « Des femmes démissionnent ou restent à leur poste car elles savent qu'elles ne pourront évoluer : les postes à haut potentiel se décident dans la tranche 30-35 ans, période où elles sont investies le plus dans leur famille. C'est un gâchis de talents considérable », martèle Antoine de Gabrielli.
Ce désir de vie équilibrée pro-perso touche en réalité les hommes comme les femmes. Pour l'entreprise, cela représente un enjeu de performance globale : elle a tout à gagner à s'appuyer sur des salariés heureux dans leur vie. Et à donner toute leur place à des femmes de talent bloquées sous le trop connu « plafond de verre ».
À lire également
Par ailleurs, les hommes trentenaires ont vu les ravages du « tout accorder à son travail » dans la génération précédente et se montrent plus exigeants. Enfin l'explosion des divorces, les gardes d'enfants alternées, ont rebattu les cartes, comme le décrit Brigitte Grésy, secrétaire générale au Conseil supérieur de l'égalité professionnelle :
Laurence Jaillard