Réduire la fracture numérique : qui va payer ?

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Par Bruno Teyton, directeur conseil d'IDC France.

En franchissant le cap des 100 millions d'accès, le marché du haut débit en Europe de l'Ouest est-il parvenu à maturité?? Apparemment oui. Après plusieurs années record, sa croissance se tasse nettement?: au premier trimestre 2008, le nombre de nouvelles connexions au haut débit s'est établi à 4,1 millions, soit une petite progression de 3% seulement. C'est un retour au même niveau de croissance qu'à la fin 2004. La France, avec 16,7 millions d'accès haut débit, se situe au deuxième rang derrière l'Allemagne et à égalité avec le Royaume-Uni.
 

Mais cette bonne performance cache un taux d'équipement des foyers moins flatteur?: la France recule au 8ème rang, loin derrière les Pays-Bas et le Danemark où deux tiers des ménages sont équipés. Ces moyennes cachent de profondes disparités régionales?: 65% à Paris et dans l'agglomération parisienne contre 46% en Haute-Garonne et 27% dans l'Ariège.


Ces écarts déjà préoccupants risquent de s'amplifier avec les bouleversements technologiques à venir. La bande passante moyenne par connexion a considérablement augmenté pour atteindre 5,6?Mbps (millions de bits par seconde) en décembre 2007. Mais c'est insuffisant pour répondre à l'évolution de la demande?: TV HD, vidéo, Web 2.0, jeux, télétravail, applications métiers, images, projets de virtualisation... Les enjeux se mesurent en dizaines de Mbps. Le réseau en cuivre ne peut plus répondre?: il faut faire appel à d'autres technologies.

Plusieurs technologies répondent à ces enjeux?: essentiellement la fibre optique et dans une moindre mesure le Wimax. Mais les retards s'accumulent, car les équipements correspondant ne sont pas encore disponibles?! Les déploiements massifs ne sont donc pas envisageables avant plusieurs années. Sera-t-il trop tard?? Actuellement la grande bataille se déroule autour de la fibre optique. Les opérateurs historiques souhaitent éviter à toute force le « mauvais coup » du dégroupage du réseau en cuivre, qui les a contraints à partager avec les opérateurs alternatifs les infrastructures sur lesquelles ils avaient investi lourdement.
 

Selon les options technologiques retenues, ce sont quelques dizaines de milliards d'euros qui sont en jeu, même si les coûts de raccordement ont baissé au cours des dernières années (environ 1.000 euros par foyer en zone dense et 2.500 ailleurs). Les actionnaires ne cautionneront aucun investissement massif sans garantie d'un retour minimal. France Télécom justifie un premier décalage d'une année par une « incertitude sur le cadre réglementaire » et ne prévoit aucun déploiement massif avant 2010. Les opérateurs alternatifs conditionnent leurs propres investissements à une ouverture du réseau de France Télécom.

Ainsi, la perspective d'un enlisement technico-juridique se dessine. Il conduirait à des investissements limités du secteur privé dans les zones urbaines denses tandis que le reste du territoire dépendrait des collectivités locales. Or, celles-ci ont déjà investi 1,4 milliard d'euros. Pourront-elles continuer dans un contexte de contraintes budgétaires plus tendues et de crise financière géné- ralisée?? Le préalable indispensable consiste à fixer une réglementation claire. Et il faut que les règles soient les mêmes partout en Europe.

Actuellement, d'un pays à l'autre, on trouve de tout ?: de l'attitude très protectrice à l'égard de l'opérateur historique à un alignement sur les conditions réglementaires existantes. Or, la plupart des acteurs sont globaux. Ils investiront en priorité dans les zones à la réglementation la plus favorable. La Commission européenne adopte une approche graduée. Elle favorise l'accès aux réseaux des opérateurs dominants dans les zones les plus denses. Dans les zones moins denses, les opérateurs alternatifs auraient accès au réseau des opérateurs dominants, mais ceux-ci bénéficieraient en contrepartie d'une prime de risque supplémentaire.

En France, l'Arcep a imposé à France Télécom un accès non discriminatoire au génie civil et la mutualisation de la partie terminale des réseaux en fibre optique. Ces décisions ouvrent plusieurs débats?: le niveau de la prime de risque ne doit pas être excessif pour les opérateurs alternatifs?; le prix de l'accès au génie civil doit être revu?; la rémunération du premier opérateur ayant équipé un immeuble en fibre doit être fixée et les points de mutualisation (immeubles, groupes de maisons, NRO...) doivent être clairement établis et revus régulièrement.

Enfin, l'Etat ne doit-il pas fixer un objectif ambitieux, à l'exemple du gouvernement finlandais?: 100 Mbps pour tous d'ici à 2016?? C'est l'enjeu du plan pour l'économie numérique qui doit être présenté à la mi-octobre. Pour parvenir à cet objectif dans les zones rurales, pourquoi ne pas mettre en place une structure de financement commune entre l'État et les collectivités locales?? Cette structure aurait plusieurs avantages?: un accès plus facile aux financements, une mutualisation entre les territoires, un schéma de développement cohérent, des choix technologiques homogènes. Le secteur privé pourrait être associé sous forme de partenariats public-privé.

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a écrit le 09/10/2009 à 6:12 :
Je vous signale qu'une récente enquête nationale montre que 46 à 47 % des foyers français n'ont pas accès à internet de façon satisfaisante et à un coût raisonnable !

Je vous livre mon exemple qui est celui de centaines de milliers voire de millions de citoyens français :

- A 28 kms de Rouen, lorsque vous êtes dans une zone dite à l'" ombre numérique ", la technologie "*hertzienne*" de couverture (qui a été imposée par le Conseil Général des départements de la Seine-Maritime et de l'Eure) permet surtout à FT (et ses filiales) de pratiquer des prix exorbitants avec une absence de garantie de fonctionnement à haut débit ! Un comble !

Il faut rappeler que le citoyen qui habite ce type de zone à l'" ombre numérique ", *FT (et ses filiales) propose* :
- *un équipement spécial ( ?!) de 199,00 euros,*
- *une antenne ( ?!) environ 150,00 euros,*
et puis, évidemment, un *abonnement mensuel d'un montant minimum de 40,00 euros (f(contenu))* ! Quinze jours après l'installation, *vous n'avez droit qu'à du bas débit et encore ?.!!!! * Et ne pas oublier qu'avec cette configuration : *pas de téléphonie illimitée, ni de TV* !!!!

Autre fait très récent qui vient d'intervenir sur le réseau téléphonique *filaire *(le réseau téléphonique filaire fixe) de la localité d'Emanville (lieu-dit hameau de Calleville) :
- Un de nos voisins avait un accès internet via le FAI (Fournisseur d'Accès Internet) Neuf Telecom. Il était confronté à de grosses difficultés de fonctionnement de son internet. Il fait appel à un autre FAI : FT/Orange (?/) ! Et là ça fonctionne ! Curieux, non ! Pas tant que çà !
- Je mesure depuis des mois la vitesse des signaux "téléphoniques au n° 02 35 91 13 98. Le 10 septembre 2008, FT/Orange fait intervenir un sous-traitant sur le réseau aérien téléphonique : la vitesse des signaux qui était de 31 200 bauds passe à 16 800 ! (A signaler que la vitesse normale doit être de 48 800 !) FT/Orange essaie de récupérer de la capacité pour satisfaire le citoyen qui a daigné leur prendre un abonnement internet ! Je vous signale qu'à ce n° 02 35 91 13 98, ce sont des personnes agées qui ont un petit-fils aux USA : à ce débit des signaux téléphoniques, il est extrêmement difficile de pouvoir tenir une conversation (même quand on a une bonne oreille !) !

-Ma question :

- *Va-t-on laisser longtemps FT/Orange (l'Etat français est actionnaire de FT) freiner des 4 fers à l'ouverture du réseau (téléphonique i.e. le bon vieux fil de cuivre) à l'ADSL ?

- Mes commentaires :

Le montant des amendes infligées à FT depuis 2001 pourrait sans aucune difficulté servir à effectuer les quelques réalisations techniques nécessaires pour sortir ces zones de l'" ombre numérique " ! (Le Re-ADSL, etc ....)

Aussi, il faut rappeler que le cumul du montant des amendes infligées depuis 2001 à FT pour freinage (debout sur les pédales) à l'ouverture du réseau à l'ADSL dépasse très largement le *MILLIARD* d'euros !!!

La couverture ADSL à court terme et pour toute la population hors des villes doit être faite via le bon vieux fil de cuivre :

1. la densité des ondes électromagnétiques générées par tout système *hertzien* sera limitée (le téléphone mobile et ses multiples contenus sont déjà de trop !) ;

2. l'ouverture à la concurrence (les autres FAI) doit devenir une réalité car *FT monopolise aujourd'hui ce type de service*.

*FT doit effectuer le "*dégroupage total*" du réseau téléphonique filaire pour que tout un chacun puisse avoir accès à internet de façon satisfaisante et bien sûr, à un coût raisonnable ! Autrement dit, il s'agit qu'avec le bon fil de cuivre le citoyen puisse être connecté à internet et en même temps appeler ou recevoir un appel téléphonique : c'est simple, non ?!*

Les TIC (technologies de l'information, de la communication) et leurs services contribuent au quart de la croissance française. Elles aident à satisfaire des besoins fondamentaux : se soigner, préserver sa sécurité, se former, travailler, se cultiver, se divertir, entretenir des liens sociaux ?, vous envoyer un mail !

Aujourd'hui, FT (La France et les représentants élus) doivent savoir qu'*internet est un droit fondamental du citoyen comme l'est celui de l'eau potable et de l'électricité !*

Merci d'?uvrer pour que l'outil internet soit accessible à tous, à ceux qui en ont besoin pour travailler et à désenclaver les zones "rurales" qui ont droit de cité comme les autres ! Il est difficilement compréhensible que l'opérateur historique français porte atteinte à ce point au tissu économique des régions françaises hors des grandes métropoles !!!

Respectueuses salutations,

M. DESPAUX

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