L'industrie, parade anti-bulles ?
Par Pierre Gattaz, président de la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec)
Par Pierre Gattaz, président de la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec)
En ces temps d'explosion de bulles financières et de déconfiture boursière, il faut revenir au vrai socle de l'économie : l'industrie, qui crée produits tangibles et services associés, avec les richesses et les emplois qui en découlent... L'industrie a été malmenée en France depuis trois décennies alors que c'est avant tout une aventure collective, humaine, forte, noble parfois, belle la plupart du temps... Pour notre avenir, pour celui de nos enfants, il faut que la France retrouve, sous dix ans, son statut de grande nation industrielle, statut qu'elle n'aurait jamais dû perdre.
L'industrie est vitale pour un pays car c'est l'économie réelle, c'est l'arme anti-spéculation, c'est ce qui reste quand toutes les bulles ont explosées : l'innovation, la création, des efforts mais aussi des bonheurs collectifs intenses, la technologie, la ténacité dans l'effort, la maîtrise des procédés industriels et des matériaux. C'est la plus belle aventure humaine qui soit : des hommes et des femmes qui travaillent en équipe vers un but commun, solidaires et déterminés et la fierté de créer des produits ou des services révolutionnaires, compétitifs, novateurs... et de nourrir des familles. C'est la seule façon de créer notre futur sur des bases solides. La France doit croire en son industrie !
Bien sûr, notre industrie et ses acteurs doivent continuellement s'adapter au monde qui évolue, et aux besoins des marchés et des clients qui changent. Mais elle peut le faire en créant davantage d'emplois quelle n'en supprime. On ne fera jamais disparaître les plans de licenciement ou d'ajustement, nécessaires pour adapter les voilures des entreprises en cas de déprimes des marchés. Mais la multiplication des entreprises, sur plusieurs marchés à cycles distincts peut créer ainsi une vraie dynamique industrielle et économique, qui permettra d'accompagner dans un horizon acceptable les salariés ayant perdu leurs emplois. Le droit du travail et les multiples réglementations associés doivent bien sur protéger les salariés, mais doit être au service des entreprises qui, continuellement, s'adaptent pour ne pas mourir.
Il faut donc simplifier les textes pour qu'ils soient compréhensibles et applicables. Et il faut promouvoir le concept de flex-securité, permettant adaptation permanente de l'entreprise et retour à l'emploi rapide du salarié, en bonne intelligence des deux cotés.
L'Allemagne et le Japon l'ont compris depuis longtemps et n'ont jamais laissé tomber leur industrie. Ils n'ont jamais eu de doute sur l'importance et la pérennité de leurs entreprises industrielles. Ils n'ont jamais appliqué de mesures idéologiques anti-industries, comme les 35 heures, mesure "anti-travail" par excellence, ou comme la taxe professionnelle, impôt "anti-emplois et investissements", ou encore l'ISF, impôt "anti-entreprises patrimoniales" dont on ne dira jamais assez sa responsabilité dans la réduction du nombre d'entreprises patrimoniales en France depuis vingt-cinq ans. Il n'y a plus que 5.000 entreprises de taille intermédiaire (ETI) entre 250 et 5.000 personnes en France, contre 8.000 en Angleterre et 12.000 en Allemagne.
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Il faut préserver tous les acteurs industriels, les petits et les grands, par des réglementations pro-industrielles simples, et reconstituer ce socle de moyennes entreprises industrielles, chainon manquant de l'industrie française.
Pour qu'une entreprise se développe et créé des emplois et des richesses en France, elle a besoin de commandes. De commandes non pas au bout du monde, mais de commandes en France. Si tous les marchés se délocalisent en dehors de France alors pourquoi garder des usines en France ? On ne peut être fort à l'exportation que si l'on est fort dans son propre pays. Il faut donc répondre à la mondialisation des marchés et de l'économie par des marchés intérieurs forts, d'abord français, puis européens.
Pour être fort dans le monde, et surtout dans la construction économique de l'Europe, il faut que nous soyons forts dans notre propre pays.
La solidarité entre petits, moyens et grands, un sentiment national, une fierté de travailler ensemble, sont indispensables pour que le terreau France puisse continuer à créer richesses et emplois. Les services achat ont une vraie responsabilité dans la destruction des écosystèmes industriels en France, en privilégiant trop souvent le bénéfice court terme obtenus par des fournisseurs low cost, aux dépends de l'innovation et de la compétitivité de demain apportés par les fournisseurs français ou européens. Une solution est de se redonner un cap, un objectif a travers quelques grands marchés clefs, comme la voiture propre, la route intelligente, la réduction de CO², la sécurité du territoire et des citoyens, la télémédecine ... que l'industrie française pourrait servir, à travers des écosystèmes industriels, qui créeraient produits et services innovants et compétitifs, à vocation mondiale, élaborés suivant les propositions des industriels et de leurs fédérations professionnelles, mais avec l'impulsion de l'état qui en attendrait des économies en retour, des "retours sur Investissement" sonnants et trébuchants, recréant ainsi un tissu industriel fort, et, bien sûr, richesses et emplois en France. Il faut commencer dès maintenant, car nous parlons d'années pour reconstruire ce socle et cette compétitivité collective.
Il faut chasser en meute, et développer les marchés mondiaux de demain, grâce à des marchés tremplins et des démonstrateurs en France.
Il faut enfin restaurer l'image de notre Industrie, et l'attractivité de nos métiers, pour que nos enfants aient envie de nous rejoindre et de participer à cette grande aventure humaine. Il faut promouvoir nos grandes réalisations industrielles, comme les avions ou les TGV nouvelle génération, les voitures électriques ou hybrides, les centrales électriques, les pièces de micro mécaniques ou les composants électroniques révolutionnaires... et aussi des succès a l'export, des équipes qui gagnent, et du rêve "made in France"... Il faut enfin que l'école et l'université se rapprochent du monde industriel, que l'apprentissage soit définitivement une filière noble et stratégique, que certains chefs d'entreprise abandonnent leurs parachutes dorés, et que certains syndicalistes abandonnent leur soif trotskiste de "bouffer du patron et de l'actionnaire". La formation d'aujourd'hui fait les emplois de demain et les richesses d'après demain.
En résumé, il faut créer une France industrielle forte sur des marchés stratégiques en devenir, contribuant a une Europe renforcée, ce qui permettra de mieux résister aux énormes vagues, bulles et crises de la mondialisation, et de construire une croissance profitable dans la durée, autour de l'innovation, vecteur de compétitivité, pour le bien de tous les citoyens.
Par Pierre Gattaz, président de la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (Fieec)