Les pôles tertiaires, fer de lance de l'économie francilienne ?
Hervé Dupont
Hervé Dupont
La part des emplois tertiaires dans l'économie de l'Ile-de-France ne cesse de croître. Première région européenne pour son PIB, la métropole francilienne n'a de rivale que Londres en Europe, que ce soit par sa population, sa richesse, ses capacités de recherche, son attractivité.
Elle appartient au cercle très fermé des villes "globales", avec Londres, New York, Tokyo, des villes qui rayonnent sur le monde entier.
Dans cette compétition mondiale, les pôles tertiaires jouent un rôle essentiel. Concentrant les emplois de bureau, ils doivent offrir aux entreprises locales et internationales un outil de travail performant, et un environnement favorable, constitué de services aux entreprises, d'accès facile à toutes les commodités de la métropole, d'accès au monde par le réseau aéroportuaire ou TGV.
L'étude récemment menée par l'Observatoire régional de l'immobilier d'entreprise (Orie) sur les "pôles tertiaires" a permis de faire le point sur leur situation et de faire quelques recommandations pour l'avenir.
Un constat tout d'abord : parmi les 48 millions de m² de bureaux de la métropole, 50% sont concentrés dans des pôles, les plus importants étant le quartier d'affaires de Paris et La Défense. La géographie de ces pôles a beaucoup évolué au fil du temps. La dernière période (2000-2008) est marquée par un arrêt brutal du développement des villes nouvelles (à l'exception notable de Saint-Quentin en Yvelines), ainsi que du développement du centre de Paris, qui est pratiquement atone depuis dix ans, et La Défense, qui n'a pas encore trouvé un second souffle.
Le "tabou" qui retenait les entreprises de quitter le centre de Paris et La Défense pour des raisons de prestige est maintenant terminé, et l'on observe le succès de pôles émergents au Nord (Saint-Ouen, Saint-Denis, Aubervilliers), à l'est (Montreuil) et au sud de façon moins concentrée. Les deux pôles les plus dynamiques sont les Portes Nord et Val-de-Seine (Boulogne-Issy), qui sont tous deux bien installés dans le paysage, et dépassent le million de m² de bureaux.
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Ces "pôles émergents" bénéficient d'une offre immobilière aux derniers standards internationaux, d'une bonne accessibilité en voiture et en transports en commun, de réserves foncières permettant leur développement futur, et de prix attractifs.
Il n'en reste pas moins que La Défense a une carte essentielle à jouer. Pôle d'affaires emblématique de Paris, elle concentre de nombreux services aux entreprises, et reste une adresse très recherchée. Encore faut-il que le quartier se renouvelle. C'est l'objet du "plan de relance de La Défense", qu'il est urgent de mettre en ?uvre. On aboutirait ainsi à un marché parisien diversifié offrant toutes la palette des prix et localisation : Paris Centre et La Défense, les pôles de première couronne, et la deuxième couronne pour des implantations moins prestigieuses. Si le renouveau de La Défense est à portée de main, celui de Paris ne se présente pas à l'horizon et, à ce jour, la ville de Paris ne présente pas de projets permettant d'y développer une offre immobilière moderne.
A l'échelle de l'Ile-de-France, l'urgence pour les pouvoirs publics est de développer, pour accompagner cette évolution, un réseau de transports en commun maillé, rompant avec le système radioconcentrique actuel.
L'idée est non seulement de faciliter l'accès des employés aux pôles d'affaires, mais de relier entre eux ces pôles, tant il est vrai que les entreprises ont des stratégies de localisation des différentes unités dans des pôles différents, en fonction des prix et des facilités de relation entre ces unités. A titre d'exemple, on peut citer aujourd'hui les liaisons La Défense - Marne La Vallée par le RER A, ou Saint-Denis - Roissy par le RER B. C'est ce système qu'il faut enrichir, notamment en reliant à La Défense le quart sud-ouest (Saint-Quentin, Val de Seine, Vélizy) et le quart Nord Est (Saint-Denis, Le Bourget, Roissy).
Une action à plus long terme concerne le rééquilibrage au nord et à l'est de la région, objectif déjà ancien, mais qui est loin d'être atteint si l'on regarde la géographie de l'emploi tertiaire. Le sud et l'ouest continuent d'être les plus dynamiques, à l'exception des portes Nord. Une attractivité du sud-ouest qui est avant tout due à la présence de nombreux cadres dirigeants et cadres techniques.
Plus que jamais, le rééquilibrage au nord passe par l'implantation de cadres, à la faveur de la politique de construction de logements. A cet égard, la réalisation prochaine d'un lycée international public à Noisy le Grand, et d'un lycée international privé à Louvres près de Roissy sont des facteurs favorables.
L'atonie des pôles de seconde couronne, à l'exception de Saint-Quentin en Yvelines, est plus problématique. Des espoirs importants peuvent être mis dans Roissy CDG, dont le pôle d'emploi est considérable (150.000 emplois), et qui est la porte de la métropole sur le monde et sur l'Europe du nord. C'est un atout majeur que de disposer près de Roissy CDG de capacités de développement considérables, contrairement à nos concurrents européens.
La Cité Descartes de Marne La Vallée constitue un espoir de développement pour ce territoire. Elle n'a pas encore atteint la dimension critique, mais la concentration de centres de recherche, la proximité de Roissy, sont des atouts certains.
Au sud, Evry dispose de l'acquis du Génopôle, mais n'a pas transformé l'essai. Le développement du grand projet Versailles-Saclay-Massy devrait redynamiser tout ce secteur.
Autre défi : l'organisation institutionnelle. Le morcellement des communes et l'absence d'une politique économique d'ensemble du "grand Paris" ne favorisent pas l'organisation des pôles, chaque commune voulant son pôle tertiaire, de préférence à des logements. Seule la constitution d'intercommunalités fortes et d'envergure, incluant les pôles tertiaires et leur zone d'emploi principale, et permettant la mutualisation des recettes fiscales, permettra la constitution d'un réseau d'une dizaine de centres urbains forts en Ile de France, gage de services plus concentrés pour les entreprises, et d'une visibilité plus forte à l'international.
Hervé Dupont