Ce qui ulcère les universitaires

Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

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Les présidents d'université ont sans doute scellé hier le sort du décret Pécresse sur les enseignants-chercheurs. Ils se sont désolidarisés d'un texte qui, pourtant, instaurait leur toute puissance : élus de leurs établissements désormais autonomes, ils allaient pouvoir évaluer le travail de "leurs" enseignants-chercheurs, et moduler la charge de cours de ces derniers en fonction des résultats.

Axel Kahn, le très respecté président de l'université de Paris V, a averti dès ce week-end sur Europe 1 : "l'affaire est emmanchée de telle sorte qu'elle n'aboutira pas. Monsieur le président de la république, vous n'arriverez pas à faire passer ce décret." Il répondait ainsi à Nicolas Sarkozy qui l'avait cité jeudi à la télévision comme l'un des soutiens à la réforme de l'université.

Que s'est-il donc passé ? L'opinion universitaire s'est mise en branle. Pas au moment de la loi Pécresse de l'été 2007, qui a donné l'autonomie aux universités. Pas au moment du plan campus, qui les a incitées à se regrouper en dépit de leurs rivalités. Pas au moment du budget, où l'université et la recherche ont obtenu des rallonges appréciables. Pas lors de l'annonce du plan de relance, qui prévoit la rénovation de cent établissements du supérieur et de deux mille logements étudiants.

Non, les profs se sont soulevés à l'idée d'être évalués, et éventuellement sanctionnés, par leur président d'université. Le gouvernement, tout pénétré du modèle de l'entreprise, a cru pouvoir faire du président d'université un patron. Quelle erreur ! Au mieux, on le considère comme un "primus inter pares". Au pire, comme un "apparatchik" qui s'est rabattu sur des tâches administratives faute de briller comme chercheur ou comme professeur.

Et même s'il jouit de l'estime de tous, il n'est pas de la bonne discipline ! Un géographe, juger la recherche d'un juriste, ou réciproquement ? Un biologiste, celle d'un physicien ? Etre évalué par un lointain conseil, via des procédures opaques, passe. Mais chez soi, par un collègue, et en public ? Pas question.

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Commentaires 4
à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Les universitaires français préféreraient sans doute le système américain: les assistants et maîtres-assistants sont évalués chaque année par leurs étudiants, qui doivent remplir un formulaire très complet.

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Les enseignants et les chercheurs ne veulent pas être évalués... Bien, prenons-en note et poursuivons la réforme des Universités! Les performances des Universités et leur succès dans la recherche feront l'affaire! Les comparatifs internationaux fer...

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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J'ai un fils qui vient de passer son doctorat et il me disait que certains enseignants chercheurs(une très faible minorité)ne faisaient pas de recherche et ne venait même pas au boulot sur cette période d'où l'hostilité à être évalué bien sûr

à écrit le 09/10/2009 à 13:41
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Il est faux de dire que les enseignants-chercheurs ne souhaitent pas être évalués. Leur recherche est constamment évaluée en double aveugle (processus de validation d'un article à des pairs anonymes qui ne connaissent pas le nom de l'auteur). Leur ca...

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