G20 : prévenir les risques graves à moyen terme
Andrea Canino, président du Conseil de coopération économique
Andrea Canino, président du Conseil de coopération économique
La gestion de la crise s'est jusqu'à présent focalisée sur des mesures parant au plus urgent, à savoir les risques d'effondrement du système financier. La nécessité d'écarter le risque systémique a éclipsé l'objectif de long terme de reconstruire des marchés efficaces et compétitifs. Des principes fondamentaux, tels que la prévention de l'aléa moral, le respect des règles de libre concurrence ou la limitation des déficits publics, ont été mis en sourdine. Quant aux différents plans de relance, leur choix a été dicté par l'impact immédiat sur les économies nationales, négligeant la nécessité d'une coopération internationale et surtout le risque d'effets pervers à moyen terme.
Il est grand temps de s'en rendre compte?! Ces effets collatéraux pèseront dans la détermination de notre rang dans le nouvel ordre économique mondial. Tôt ou tard, la crise arrivera à son terme. Une nouvelle architecture économique mondiale, avec ses gagnants et ses perdants, s'installera durablement. La mondialisation a déjà permis aux pays émergents de rejoindre les pays industrialisés dans le club des grandes puissances économiques. Après des siècles de leadership incontesté, l'Occident n'est plus seul à conduire l'économie mondiale. Dans l'après-crise, le risque est de voir le deuxième conducteur nous demander de nous installer sur la banquette arrière, voire de descendre de la voiture.
Le Conseil de coopération économique, que je préside, réunit - sous le parrainage permanent des gouvernements français, italien, espagnol et portugais - les chefs d'entreprise des principaux groupes économiques de l'arc latin. Depuis septembre 2008, nous travaillons à définir les options souhaitables pour relancer notre économie. Nos conclusions sont qu'il est urgent d'agir selon les trois axes suivants : restaurer dans les meilleurs délais les principes porteurs d'une économie saine, rendre cohérentes les mesures actuelles avec la gestion de l'après-crise, et mieux articuler les décisions actuelles avec la stratégie européenne de compétitivité.
Trois idées clés devraient guider l'action des décideurs politiques. D'abord, il faut renforcer le caractère temporaire et réversible des plans d'urgence et des instruments non conventionnels de politique monétaire. Ensuite, il est indispensable de bâtir le nouveau système financier sur des bases fortement anticycliques, s'agissant en particulier des normes comptables, de la régulation et de la supervision bancaires, et des politiques budgétaires et monétaires.
D'autre part, il est essentiel de bien évaluer les effets collatéraux que les mesures de relance ne manqueront pas d'entraîner sur l'après-crise. La croissance de l'endettement public et l'adoption d'une politique monétaire pudiquement baptisée "d'assouplissement quantitatif" sont les promesses futures de baisse de pouvoir d'achat, tant par l'augmentation des impôts que par le retour de l'inflation qui en résulteront inévitablement.
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Pour obtenir un retour au fonctionnement normal des marchés monétaires et financiers et une résorption des déséquilibres internationaux, il est indispensable de rénover les méthodes de surveillance, de définir un calendrier de retour à des conditions budgétaires saines (Pacte de stabilité et croissance), d'engager une action cohérente des banques centrales pour absorber progressivement les liquidités excessives et, enfin, de renforcer le rôle du Forum de stabilité financière et du FMI.
En ce qui concerne la stratégie européenne de compétitivité, il est essentiel de déployer une véritable stratégie industrielle, en concentrant les aides publiques sur les secteurs où l'économie européenne sera capable à terme de maintenir ou d'acquérir des positions compétitives (réservant un traitement social aux autres secteurs). Agir autrement serait perdre deux fois : aujourd'hui, en ne donnant pas leur chance aux secteurs d'avenir, et dans l'après-crise, lorsque les activités non compétitives seront de toute façon délocalisées.
Ceci ne sera pas possible sans un renforcement des mécanismes de gouvernance au niveau européen, les cadres nationaux s'étant révélés inadéquats pour faire face aux crises de l'ère globale. Cela implique des institutions plus fortes, un marché plus intégré et plus ouvert (plutôt que de se battre contre le protectionnisme, il s'agit de se soumettre à l'exigence stricte d'une compétition loyale au sein de l'Union européenne), mais également un vrai projet d'avenir européen post-crise. Obama le dessine pour l'Amérique, alors que chez nous règne un silence assourdissant.
Andrea Canino, président du Conseil de coopération économique