La Chine, puissance inachevée

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Par Marc Crapez, Chercheur associé à Sophiapol (Paris-X).

La Chine est-elle si puissante que cela ? La métaphore du colosse aux pieds d'argile est pourtant ressentie par les Chinois eux-mêmes. Du fait de leur posture géopolitique, ils se sentent en position de fragilité. S'ils intimident la contradiction, en la décrétant "antichinoise", ce n'est pas tant une survivance du jargon communiste qu'un réflexe d'autodéfense. C'est pourquoi ils ont inventé la notion de Puissance Nationale Totale (PNT).

Cette PNT recouvre un potentiel de capacités économiques, diplomatiques et militaires, où l'arme psychologique fait office de botte secrète. Grâce à son économie, le monde lui accorde enfin l'attention qu'elle mérite. Pour maintenir cette influence, la Chine laisse croire aux marchés financiers qu'elle est en mesure de venir à la rescousse de la croissance mondiale.

Lors du G20, la Chine a obtenu des garanties anti-protectionnistes tout en soignant son image pour s'assurer une pérennité de flux d'IDE. Car elle reste tributaire du système financier mondial et des sociétés multinationales. Elle a besoin d'importer massivement des capitaux étrangers, même si elle en exporte aussi pour s'assurer des sources d'approvisionnement stratégique, et malgré des excédents courants, d'ailleurs surévalués, puisqu'elle ne détient qu'un gros dixième des bons du Trésor, à peine plus que le Japon.

La crise financière asiatique de 1997 avait pénalisé Tigres et Dragons. La dévaluation leur a permis de récupérer une partie de leur compétitivité, en rapprochant leur coût du travail de celui de la Chine, mais la fuite des investisseurs a enrayé l'élévation de leur niveau technologique et donc leur progression dans la chaîne de la valeur ajoutée.

C'est cette stagnation que la Chine avait en tête d'éviter. Voilà qui méritait de lâcher du lest en prenant note du comptage des paradis fiscaux établi par l'OCDE (qui épargne Hong-Kong et Macao) et en laissant la Russie réclamer un panier de devises à la place du dollar comme monnaie de réserve (après que le gouverneur de la banque centrale chinoise et le secrétaire d'Etat américain au Trésor eussent échangé des amabilités).

Voilà qui valait bien, en prime, de faire ami-ami avec Nicolas Sarkozy, qui était pourtant dans le collimateur. Pas tellement parce que l'image de la Chine a été écornée par le Tibet lors des JO de 2008. En fait, le contentieux remonte à la fin 2007, quand le Président français, lors de sa conférence de presse à Pékin, avait abordé les droits de l'homme devant le Président chinois, au risque de lui faire perdre la face.

En Inde, le ministère du Commerce et de l'Industrie travaille, selon ses propres termes, à "élaborer mondialement une perception économique positive de l'Inde". De la même façon, la Chine projette une image positive d'elle-même pour attirer les IDE. Plus que jamais, elle en a besoin. Sa puissance et son attractivité économiques sont relativisées par la crise. Sa consommation intérieure n'a pas la capacité de prendre le relais des exportations. C'en est fini de l'hypothèse du découplage.

Cette Superpuissance guiderait le monde vers des "transformations sismiques", selon la futurologie à la Toffler. Après une décennie de fascination psychologique pour le gigantisme, le vent a commencé à tourner fin 2007. On s'est avisé que la part de l'atelier du monde dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale est de 9%, moitié moins que celle du Japon. C'est l'un des pays les plus inégalitaires d'Asie, malgré les correctifs à l'hypertrophie urbaine que tente d'apporter Hu Jintao. La bourse de Shanghai génère des bulles, notamment immobilières. La croissance est déséquilibrée, vulnérable, en sur-régime. Le PIB par tête n'a pas franchi le 100ème rang mondial. Circulent des créances douteuses à hauteur de près d'un tiers du PIB et la solvabilité des entreprises est déficiente (un problème résolu par les entreprises occidentales à la faveur de la crise de 2001).

La Chine commence à être talonnée par la concurrence (délocalisations vers le Cambodge) et devra supporter des coûts économiques liés au financement de l'innovation technologique. Bien sûr, le coût global d'un ingénieur de recherche et développement en Chine ou en Inde est presque trois fois moindre qu'en Europe de l'Est et six fois moins qu'à la Silicon Valley. Mais 1/10ème d'entre eux seulement seraient aux « normes » internationales en Chine et 1/5ème en Inde.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Le PIB par habitant est pertinent pour juger de l'efficacité de l'utilisation des ressources humaines mais concernant une dictature comme la chine, le milliard n'est pas forcement le dénominateur juste, on ne peut comparer quelques centaines de millions de chinois vivant en autarcie dans une campagne lointaine et qui peuvent se contenter d'un bol de riz quotidien ou à peu prés; avec le minimum vital vu par un français avant de se mettre en grève illimitée. Le PIB brut n'étant pas redistribué en Chine, ou si peu, le PIB par habitant doit être calculé avec une estimation de l'oligarchie qui fait réellement tourner le pays.
Cet article n'a de sens que pour juger de l'efficacité du moteur-chine, il reste que même peu performant, c'est un gros moteur et qu'il a un force de frappe du 4e PNB mondial, qu'il y a 19 millions d'étudiants chinois, (plus qu'aux EU) et sûrement pas libre comme ici de faire de l'histoire de l'art ou des sciences humaines... quand on se rappelle que les sportifs des jeux n'avaient pas le choix de leur sport, on imagine bien qu'ils doivent répondre strictement aux besoins du pays. Le fait qu'1/10 soit aux normes internationales, cela fait 1,9 millions d'étudiants, pas tous ingénieurs, mais il suffit qu'1/10 le soit pour qu'on obtienne le chiffre de 190.000...

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