Europe malade cherche "spin doctor"

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Entre une crise mondiale qui va voir le renforcement de la Chine, l'inévitable perte d'influence de nos alliés américains, le retour des protectionnismes, et un euroscepticisme marqué par la montée du populisme et le manque d'adhésion de certains nouveaux membres, l'Union est mise à mal. Avec l'abstention record qui se profile, qui pourra dire que les peuples soutiennent la construction européenne, interroge Antoine Boulay, directeur associé de Vae Solis Corporate.

En politique, le rêve est rarement un produit naturel : il ne se décrète pas, il se travaille. Dans les grandes démocraties, c'est le rôle du "spin", de la communication politique. Le spin, c'est l'effet donné à une balle de tennis ou à une toupie. Le "spin doctor" donne au débat, littéralement, le bon "tour". Aujourd'hui, comment donner le bon tour au débat sur l'Europe ?

L'Union européenne (UE) en tant que telle n'a aucune stratégie de communication politique au niveau de chaque pays membre. La Commission ou le parlement ne se donnent pas les moyens de participer aux débats politiques nationaux sur le sujet européen. Le président de la Commission n'est pas doté d'une équipe de communication politique propre. Rien d'étonnant à ce que les égoïsmes nationaux l'emportent le plus souvent dans l'occupation de l'espace médiatique.

La dernière présidence française a pu agacer, mais c'est bien un débat politique européen qu'a essayé de créer le président de la république. Et quand une partie de l'Europe parle d'une seule voix au G20 par la bouche de la chancelière allemande et du président français, le c?ur et l'esprit de millions d'Européens s'éveillent d'un espoir nouveau. Comment, donc, faire rêver d'Europe ? C'est simple : il faut innover. Radicalement.

Les innovations pourraient concerner l'élection elle-même, grâce par exemple à une idée iconoclaste : les électeurs qui se sont davantage mobilisés bénéficieraient par exemple d'une "prime démocratique". Un pays ayant droit à 60 députés en enverrait à coup sûr 45, tandis que les 15 autres dépendraient du taux de participation. Avec 50%, seuls 52 députés représenteraient le pays?

Autre idée neuve pour la France, car elle est déjà appliquée en Autriche et au Royaume-Uni : passer du scrutin de liste au scrutin majoritaire sur des circonscriptions territoriales plus proches car rapprocher l'Europe des populations nécessite qu'elle soit incarnée par des figures politiques locales de poids. On objectera que cette réforme n'est pas constitutionnelle, que sa mise en ?uvre serait difficile. Mais en évoquer la possibilité constituerait déjà un acte politique fort : la première controverse politique proprement européenne !

D'autres initiatives peuvent en outre s'imposer dès maintenant. D'abord, les chefs d'Etat et de gouvernement doivent tenir des meetings communs dans les grandes capitales européennes, retransmis en direct à la radio, à la télévision et sur Internet, pour appeler solennellement les électeurs à voter. Il ne s'agit pas seulement de réunions France-Allemagne comme c'est déjà prévu.

Imaginons Gordon Brown, José Luis Zapatero, Angela Merkel, Gordon Bajnai (Hongrie) et Nicolas Sarkozy, ensemble, à la tribune. L'espoir européen s'incarnerait enfin et soulèverait un enthousiasme nouveau. De Londres à Varsovie, de Stockholm à Rome, de Madrid à Berlin, de Budapest à Lisbonne, ces "meetings pour l'Europe" feraient date comme une rupture dans la communication politique de l'Union pays par pays.

Autre impératif à court terme : créer de vraies représentations permanentes de l'Union dans les pays membres, au lieu des antennes sans poids du Parlement et de la Commission. Pour ce faire, pas d'évolution institutionnelle notable, mais une révolution dans le recrutement : les pays regorgent d'anciennes personnalités politiques incontestables. Alain Juppé ou Hubert Védrine en France, Joshka Fisher en Allemagne, Pedro Solbes en Espagne? pourraient tous assumer cette fonction de "missi dominici" de l'Union et défendre ses couleurs dans chaque arène politique nationale. Comment se plaindre que l'Europe ne soit pas entendue si elle n'a pas de voix ?

La Commission pourrait aussi convoquer régulièrement des assises des Parlements d'Europe, regroupant l'ensemble des Chambres nationales et le Parlement européen, pour avancer sur la question institutionnelle, les droits civiques, la réflexion prospective? L'image symbolique de 20.000 parlementaires rassemblés venus de tout le continent permettrait une meilleure appropriation par les populations de "l'objet politique non identifié" qu'est l'Union, comme disait Jacques Delors.

Il faut en finir avec les délégations réduites et les débats d'antichambres : l'Europe a besoin de communication, de symboles, de rites, de cérémonies, de spectacle et de célébrations démocratiques, osons le mot. Sans quoi le spectacle de nos divisions et de nos démons nationaux l'emportera durablement dans le c?ur des Européens.

Si les dirigeants nationaux s'inquiètent sincèrement du risque de faible participation aux élections européennes, il est temps qu'ils prennent des risques, qu'ils innovent? La communication politique, dans ce qu'elle a de plus noble, revient à incarner la démocratie contre tous les populismes. Bien sûr, les mauvais génies de George Bush et de Tony Blair, Karl Rove et Alastair Campbell ont jeté le discrédit sur la figure du "spin doctor"?

Mais une personnalité plus positive, celle de David Axelrod, créateur du "Yes we can !" de Barack Obama, redore le blason de la discipline ! Il y a bon et mauvais spin. Il est temps, en Europe aussi, que le "spin" se mette au service du rêve? et permette le changement.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
M.Boulay a parlé de tout "sauf"de ce qui est essentiel pour une grande majorité d'européens,le social qui conditionne la"vraie vie des gens"au plus pres de leurs préocupations de tous les jours de leurs soucis parmanent de pouvoir d'achat et de dumping social,de progrés economique et social.Or les discours creux ,les vaines illusions ,de la meme maniere que les personnes que vous citées et qui n'ont jamais rien fait chez eux lorsqu'ils etaient au pouvoir,ne changeront rien au fait que l'europe semble etre irremediablement liberale pour ne pas dire ultraliberale,contre les services publics,avec leur dogme" la concurence doit etre libre et non faussée"douce illusion de ceux qui ne font jamais les courses,de ceux qui ont les moyens ,de ceux qui savent que cette phrase est perversse parce que les ententes sur les prix sont partout ,dans tous les domaines sur tous les produits,c'est de la malhonneteté intelectuelle que de le soutenir.Les liberaux savent tout cela ,appuyés par des pseudo socialistes(anglais et espagnol par exemple) largement majoritaires quoique l'on vote, ne pouvant et surtout ne voulant pas que cela change parce que eux ne sont jamais touchés par les crises;qui a dejas vus des liberaux galerer avec le rmi,pointer au chomage,gagner le smic,bref mal vivre,eux avec leurs hauts revenus et leurs arrogances sont loin de ces réalités.Alors oui,il ne voteront pas en masse au européenes,moi le premier se desinterressant de "ce machin" qui ,à par la monaie unique(et encore il faut voir dans quel secteur on travaille pour subir ses effets pervers)et quelques reglements ecolos qui vont dans le bon sens ne sert à rien,c'est vraiment tres peu pour qu'on s'y interresse.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Illusion a plutôt bien résumé ma pensée par la même occasion.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Tant que nos camarades roumains, polonais et tchèques seront honteusement exploités pour fabriquer à bas prix (merci pour notre pouvoir d'achat) des objets que nous pourrions fabriquer pour 5X plus cher, notre "dumping social" a de l'avenir. Car l'alternative c'est d'échanger nos prestations sociales même basses à votre goût contre leur emplois au salaire riquiqui... des candidats? Un peu de camaraderie, camarades, au moins jusqu'à ce que leurs glorieuses luttes les amènent au même rang que nous. Nous pourrions même exporter nos compétences en ce domaine, l'expertise de nos syndicats n'est plus à prouver
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Citations de Jean Monnet (1888 - 1979)
?Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité
et
ils ne voient la nécessité que dans la crise?
@@@@@@
« Nous n?avons que le choix entre les changements dans lesquels nous serons entraînés
et ceux que nous aurons su vouloir et accomplir. »

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