La crise, une aubaine pour la Chine

 |   |  442  mots
Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

La crise ne modifie pas la nature des évolutions de long terme, mais leur mesure. Ainsi, la montée en puissance de la Chine semble-t-elle s'accélérer depuis quelques mois. L'Occident et l'Asie développée vont connaître une forte récession en 2009, tandis que l'empire du Milieu résiste admirablement, grâce aux bénéfices d'une économie administrée, soutenue par des injections massives de dépenses publiques. La crise prend ainsi à revers le titre du livre fameux d'Alain Peyrefitte : c'est quand le monde tremble que la Chine s'éveille, et non pas l'inverse.

Premier marché du monde pour l'automobile, la téléphonie, l'aéronautique, la Chine est aussi le plus gros détenteur de réserves financières, le créancier le plus important des Etats-Unis, la puissance militaire qui possède l'armée la plus nombreuse, ou encore le pays qui forme le plus d'ingénieurs. Le chinois est la langue des superlatifs. Après les discours lénifiants sur la "mondialisation heureuse", la vérité commence à se faire jour.

Il n'y a pas si longtemps, les pays développés comptaient sur les produits à forte valeur ajoutée pour compenser les pertes d'emplois du textile et de la sidérurgie, secteurs qu'ils abandonnaient volontiers aux pays pauvres, faute de compétitivité suffisante. Leur stratégie économique était celle de la montée en gamme industrielle, de façon à justifier des salaires élevés et une coûteuse protection sociale. Dix ans plus tard, la Chine fabrique toujours des T-shirts, mais aussi des fusées spatiales, des téléphones mobiles et des voitures. L'immense réserve de main-d'?uvre sous-qualifiée est toujours là, et il y a, en plus, des centaines de milliers d'ingénieurs et des financiers de première qualité : l'hydre chinoise pointe ses innombrables têtes sur tous les marchés en même temps, le phénomène de rattrapage salarial ne jouant qu'à la marge dans un si grand pays.

La réussite de Pékin est d'abord le fruit de trente ans de travail, et celui d'une stratégie de développement ingénieuse. Mais elle résulte aussi d'une certaine naïveté des Occidentaux, qui ont offert l'accès à leurs marché et technologies. "Que gagne-t-on à échanger ?" était le sujet de l'épreuve de philosophie du bac 2009. Les relations commerciales avec la Chine fournissent quelques éléments de réponse contemporains à cette question aussi ancienne que la société des hommes. Le bon sens et l'économie se retrouvent ici : si l'on ne veille pas à l'équité de l'échange, on se retrouve Gros Jean comme devant.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Un début de réponse, le profit à cours terme, produire pas cher en chine et vendre cher en occident permet une énorme rentabilité immédiate. Au diable le bon sens économique, l'équité, l'avenir de nos enfants, le développement harmonieux, et ce avec l'assentiment des populations, Barroso est reparti pour 5 ans de libéralisme débridé (ouaf,ouaf) de la casse du peu de production industrielle en Europe qu'il nous reste, rassurons nous bientôt les riches chinois viendront remplacer les anglais sur la côte d'azur et nos enfants leur vendront des parfums et les ventilerons sur leurs transats.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Equité dans l'échange pour qui ? pour l'Etat chinois et pour le consommateur occidental (pendant que son pays creuse de gigantesques déficits), mais certainement pas pour les centaines de millions d'ouvriers et de paysans qui sont soumis à un Etat de non-droit implacable.
Qui dira le coût (humain, environnemental, voire moral) de cette collusion entre le régime chinois et les grandes entreprises occidentales au détriment des droits élémentaires d'une partie de la population chinoise?
Pas vous , et c'est bien dommage .



a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Et bientôt le plus gros marché pour les chinois sera les chinois eux-mêmes, ils vont continuer à se développer comme nous l'avons fait au XIXème siècle et au XXème mais des menaces pointes à l'horizon. La Chine marche t elle vers la démocratie ? ou maintient du parti unique ? croissance polluante ou croissance verte ? (la Chine détient le triste record d'avoir 6 villes parmi les 10 villes les plus polluées au monde) Ecart grandissant entre la population masculine et féminine, comme l'Inde, elle a 40 millions de garçons de plus que de filles. Les fameuses "branches mortes" car ils ne trouveront pas de conjointe. La hausse de leur R&D ne signifie pas forcément que les chercheurs trouveront les process, les médicaments, les inventions de demain. Enfin la population chinoise vieillit de plus en plus vite (chaque année plus de 10 millions de personnes ont plus de 60 ans) et le défi d'une sécurité sociale et son application fera rentrer inéluctablement la Chine dans le rang des nations développées à faible croissance comme nous la vieille Europe
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il ne faut non plus oublier que les gagnants et les perdants à l'échange avec la Chine ne sont pas les mêmes, surtout à court terme. Au moins dans un premier temps, ce sont les ouvriers et personnes peu qualifiées qui souffrent des inconvénients des échanges avec la Chine. Les retraités (électeurs nombreux) bénéficient de prix plus bas et les patrons font pression sur les salaires. A plus long terme, les revenus des retraités et les débouchés des patrons sont menacés, mais qui raisonne à long terme ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
La Chine est en économie de guerre, avec une dictature et les moyens d'assumer des pertes parmi les troupes. Nous en sommes loin, nous en sommes au déficit depuis 30 ans pour garder notre standing à crédit, et des manifs pour pouvoir fabriquer des pneus que personne n'achètera car ils seront trop cher. On a déjà connu ça dans les mines de charbon du Nord. C'est aussi suicidaire que le Titanic. On arrive pas à s'imaginer submersible, rejoignant les satrapes de l'empire Ottoman que nous avions dépassé aux 18e et 19e siècle malgré l'effort d'Ataturk, de là leur sentiment d'"humiliation" qu'ils remâchent ainsi que leurs héritiers de banlieue. Notre moteur économique est mal réglé c'est un fait.L'Allemagne a peut briller de ses derniers feux en vendant ses dernières machines-outils, La France vendra peut-être encore son luxe inimitable si Pierre Berger daigne être poli avec les chinois et Delanoë moins avec le Dalaï Lama, car nous n'en avons plus les moyens, il faut être puissant pour avoir ce genre de prétention, ou être prêt à le payer cher. Si la Chine peut se passer de nous, c'est simple, il n'y aura pas de reprise! Ils se sont passé du reste du monde pendant des millénaires, ils s'en souviennent.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :