Emprunt national et argent planqué

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Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

L'Etat, on l'a bien compris, va avoir besoin d'argent. Mais alors, de beaucoup, beaucoup d'argent. Philippe Seguin, premier président de la Cour des comptes, estime que le déficit public sera encore de 6% du PIB en 2012. Et la crise a bon dos : la France aurait 3,5% de déficit même si la conjoncture était restée favorable. Pour Philippe Seguin, si l'Etat ne trouve pas d'urgence 70 milliards d'économies à faire, il risque de ployer sous une dette égale à 100% du PIB d'ici moins de dix ans.

Le grand emprunt national dont Nicolas Sarkozy a annoncé le lancement ne résoudra pas à lui seul la question : tout grand et tout national qu'il soit, c'est encore de la dette. A moins que. Une autre problématique est à l'?uvre depuis le grand déballage du G20, à Londres début avril. Les paradis fiscaux ont été mis en demeure de coopérer et, l'un après l'autre, ils acceptent d'adhérer aux nouvelles normes de transparence définies par l'OCDE. L'île de Man a signé mardi, alors que se tenait à Berlin, une conférence sur les paradis fiscaux sous l'égide d'Eric Woerth et de Peer Steinbrück, son homologue allemand. Ce dernier évalue à 100 milliards d'euros les sommes soustraites au fisc allemand via les paradis fiscaux. Paris se garde de donner des chiffres.

Mais supposons, par hypothèse, que le montant de l'évasion fiscale française soit de 50 milliards. On peut bien sûr attendre que tous les petits ou grands cachottiers se fassent discrètement connaître à la "cellule de dégrisement fiscal" de Bercy, en sachant qu'il leur faudra payer toutes les pénalités prévues par la loi. On peut aussi leur proposer de souscrire au grand emprunt national, avec une rémunération égale à zéro. Ce serait pour eux une occasion unique de redevenir de bons Français.

Ils participeraient à l'effort collectif d'investissement. Ils pourraient au passage rapatrier leur argent sans tambour ni trompette. Et, au lieu de pénalités difficiles à évaluer, ils n'auraient à déplorer qu'un manque à gagner - d'ailleurs léger si l'inflation reste basse. Pour l'Etat, 50 milliards (toujours par hypothèse) empruntés gratis, c'est cela qui serait beau.

Certains feront observer que dans l'argent ainsi blanchi, il pourrait bien y en avoir qui provienne d'activités très peu ragoûtantes. D'autres rétorqueront alors que sur les marchés où se financent les Etats tous les jours, l'argent qui circule ne provient pas intégralement d'activités licites. La sagesse de nos gouvernants pourvoira à cet aspect de la question.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Eh oui! Avec les paradis fiscaux, les états jouent le double jeu du complice et du justicier. Rôle trés difficile à tenir. Mais faisons confiance au talent de magiciens de nos dirigeants.
Les fonds blanchis dans ses paradis représentent 11,5 trilliards de dollards par an (source documentaire "lets make money).
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bien plus interessant de parler des enfers fiscaux ou la France est championne.L'evidence,il n'y aurait pas de paradis fiscaux si les enfers fiscaux disparaissaient.Faisons la chasse aux enferts fiscaux.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
On en est là, à force de vivre au dessus de nos moyens. Alors qu'on s'accommodait depuis toujours des paradis fiscaux, c'est devenu un luxe! Ah, si on envoyait Besancenot en mission dans les pays émergent, il aurait tôt fait d'obtenir pour eux une augmentation de salaire conséquente qui rendrait ipso facto nos travailleurs plus compétitif sur le marché de l'emploi. On pourrait réindustrialiser... et payer nos dettes
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
D'un point de vue pragmatique, c'est plutôt une bonne mesure .

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