Finance : la bataille de Pittsburgh

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(Crédits : Albert Caen)
Par Philippe Mabille, éditorialiste à La Tribune.

Derrière les belles leçons de morale, que l'on se rassure : les lois de l'économie de marché perdurent ! La réunion des ministres des Finances du G20 à Londres vendredi et samedi en a apporté une confirmation, laissant entendre que, derrière les consensus de façade, la bagarre fera rage à la fin du mois lorsque entreront en scène les chefs d'Etat et de gouvernement.

Un an après la faillite de Lehman Brothers, rien de fondamental n'a changé dans l'exercice des activités financières. Certes, les paradis fiscaux ont la vie plus dure, mais les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont bien l'intention de continuer à exercer leur leadership sur la finance mondiale. Pendant que l'Europe continentale se focalise sur la question, symptomatique mais secondaire, des bonus des traders, cherchant à faire levier de l'indignation de l'opinion publique, l'Amérique, elle, avance ses pions sur les vrais sujets sans même se masquer.

Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, n'a ainsi accepté que du bout des lèvres d'étudier le principe d'une "limitation" des rémunérations variables des opérateurs de marché. En revanche, il a mis la pression sur le camp européen en proposant un relèvement des exigences de fonds propres imposées aux banques, plaçant la France et l'Allemagne dans l'embarras. Pour l'Amérique, la question des bonus est culturelle. C'est le c?ur même du modèle capitaliste, à savoir la recherche du profit. Pas question donc pour les princes de Wall Street de fixer une limite au "gagner plus".

Le décor de ce que sera la bataille de Pittsburgh est désormais bien planté : en polarisant les débats sur la question des rémunérations, la France veut imposer un changement du comportement et des pratiques des acteurs de la finance. Les Etats-Unis, plus pragmatiques, veulent agir à la source, en fixant aux banques des contraintes telles qu'elles ne pourront plus prendre autant de risques qu'auparavant sans un coût en capital prohibitif. Cette contre-proposition américaine est habile. Mais c'est aussi une véritable agression à l'égard des banques d'Europe continentale, qui ont moins profité de la crise pour renforcer leurs fonds propres sous le parapluie des aides publiques et n'ont pas été blanchies par la publication de "stress tests" rassurants sur leur solidité financière.

D'où la vive réaction de Christine Lagarde, qui a répliqué que les banques américaines n'ont qu'à respecter les ratios prudentiels dits de Bâle II, amplement suffisants selon elle. Sous couvert de réforme du capitalisme, l'enjeu du G20 est bien aussi celui de la compétition entre les places financières.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :

Bien vu !

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