L'écologie sera rentable ou ne sera pas !

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Nous n'avons pas à choisir entre la croissance et la planète parce que cela reviendrait à choisir entre l'homme et la nature. La cause de l'environnement ne vaut que parce qu'elle sert la cause de l'humanité et l'écologie sera progressiste ou ne sera pas. Tel est l'objet du colloque que la Fondation pour l'innovation politique consacre ce jeudi à la question sur le thème: "réussir la croissance verte".

Plus personne ne conteste l'importance de l'enjeu écologique. La cause de l'environnement est définitivement installée au c?ur du débat et de l'action politiques. Mais il y a deux conceptions de l'écologie : l'une prétend changer l'homme en contraignant sa capacité d'action, quand l'autre propose d'agir sur les conséquences de cette action. La première est culpabilisante et régressive. L'autre se veut incitative, rationnelle et progressiste : elle parie sur la croissance verte.

L'écologie régressive oppose, de façon plus ou moins assumée, la production de richesses à la protection de l'environnement. Le marché, l'activité économique, l'industrie ou les entrepreneurs sont désignés comme les ennemis de la nature. De cette condamnation a priori peut naître la tentation de réduire l'activité économique, de limiter, voire d'empêcher, les progrès de la connaissance. Certains fondamentalistes de l'écologie vont jusqu'à prôner la décroissance, nous sommant de choisir entre le progrès économique et la planète. Ce discours bénéficie d'un certain écho parce qu'il prend en charge une partie de l'hostilité à l'économie de marché dans un monde désormais sans communisme. Il jouit aussi d'un authentique privilège médiatique parce que le ton sur lequel il est tenu est volontiers alarmiste et qu'il permet des mises en scène spectaculaires. C'est le syndrome du tétanisé !

Nous nous inscrivons en faux contre cette vision rétrograde de l'écologie. La cause de l'environnement ne vaut en effet que parce qu'elle sert le développement humain et ne peut être invoquée pour empêcher l'homme d'avancer, d'innover, d'améliorer son sort. Comment expliquer aux pays en développement qu'ils doivent ralentir leur croissance pour préserver notre environnement ? Et comment prétendre maîtriser les dangers qui menacent la planète en renonçant à la science et au progrès technique ? Ouvrons les yeux : l'écologie sera donc progressiste ou ne sera pas. C'est par l'innovation et l'investissement que nous relèverons ces défis. L'écologie est une formidable promesse de prospérité pour nos universités et notre recherche. De même, la protection de l'environnement ouvre des opportunités de marché considérables. Ils contribueront à l'avènement d'une croissance durable.

Tous les domaines d'activité sont concernés. Il s'agit de rendre l'ensemble de notre économie moins émettrice de carbone, plus sobre en énergie, plus respectueuse de la biosphère. Quelques secteurs clés sont en pointe de cette révolution verte. C'est le cas des procédés d'efficacité énergétique. En changeant nos comportements, en améliorant nos installations, nous sommes dès aujourd'hui capables de réduire de moitié nos émissions de gaz à effet de serre. Et ce n'est qu'un début : des compteurs communicants aux réseaux intelligents, en passant par l'isolation et la domotique, les innovations laissent espérer des économies d'énergie toujours plus importantes chez les particuliers comme dans les entreprises.

Dans l'éco-industrie, de nouveaux procédés de gestion des déchets, d'assainissement de l'eau et de l'air sont en train d'apparaître. Nous savons désormais que les ressources naturelles ne sont pas abondantes et qu'il nous faut apprendre à consommer moins tout en limitant au maximum notre empreinte environnementale. Des solutions innovantes existent. Pensons par exemple à la désalinisation, à la récupération de la pluie, de la rosée, et des eaux usées, autant de sources que nous pourrions exploiter.

Les énergies renouvelables, de plus en plus performantes, nous permettent de nous désintoxiquer progressivement du pétrole. Dynamisés par les progrès formidables en matière de recherche et développement, l'éolien, le photovoltaïque s'imposent à grande vitesse et gagnent en rentabilité, en attendant la production d'électricité à partir de biomasse ou d'énergies marines.

Ces avancées nous montrent que ce ne sont pas les restrictions mais l'évolution des comportements et l'innovation qui nous permettent d'affronter le défi écologique. La croissance verte offre des opportunités de marché considérables. De l'Agence internationale pour l'énergie (AIE) à l'OCDE, en passant par le Programme des nations unies pour l'environnement (PNUE), les organismes internationaux publient des chiffres impressionnants sur l'estimation de la richesse créée par le défi écologique. Le PNUE estime ainsi que le marché mondial des produits et services liés à l'environnement devrait passer de 1.370 milliards de dollars par an actuellement à 2.740 milliards de dollars vers 2020.

La France doit saisir au plus vite cette occasion de renouer avec la croissance. L'économie verte est l'enjeu d'une âpre compétition internationale. Cette bataille n'aura pas lieu dans un avenir lointain. Elle a déjà commencé. L'Allemagne, le Japon, les Etats-Unis, la Corée du Sud, l'Espagne et même la Chine ont compris avant nous que de la croissance verte dépend leur survie, et dominent aujourd'hui le secteur des énergies propres. Q-Cells en Allemagne, First Solar aux Etats-Unis ou Suntech Power en Chine, les groupes étrangers sont nombreux à produire en masse des panneaux solaires toujours plus performants, toujours plus fiables. Ce sont ces mêmes panneaux que nous utilisons pour équiper les toits de nos maisons, de nos entrepôts ou de nos supermarchés. Ne nous laissons pas déprimer, ne nous laissons pas distancer : réussissons la croissance verte !

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Commentaires
a écrit le 09/11/2009 à 10:27 :
Cet article soulève plusieurs points très intéressants.

En premier lieu, l'écologie n'est ni positive, ni régressive. L'écologie est l'étude systémique du vivant. Il ne s'agit donc que d'un outil permettant à l'homme d'étudier ses interactions avec son milieu / écosystème.

La question fondamentale, qui divise actuellement et qui est très bien soulevée par l'article, est celle du progrès technologique et de son apport pour l'humanité. Doit-on continuer à mesurer le progrès comme un élément purement technique ? Ces techniques soutenant la croissance du PIB. Et le PIB étant l'indicateur de référence du progrès de l'humanité. Dans ce cas, la croissance économique est l?outil par excellence pour relever les défis environnementaux.

Ou doit-on définir d'autres indicateurs pour mesurer progrès de l'humanité ?

Evidemment, au regard des progrès accomplis grâce à la science (doublement de la durée de vie en 50 ans par exemple), la réponse la plus intelligente intègre ces deux dimensions. Mais il ne faut pas limiter le progrès au progrès technologique. Les changements de comportement et d?usages sont bien plus efficaces que les progrès technologiques.

On peut, par exemple, chercher à diminuer encore l?impact environnemental des moteurs à explosion de nos voitures. Mais le co-voiturage et l?auto-partage sont bien plus efficaces. En France, on compte 1,27 passager par trajet automobile. Il suffirait d?atteindre 3 personnes par trajet automobile pour diviser par deux les émissions de CO2 liées au transport automobile de passagers.

Au final, l?exemple ci-dessus et l?article soulèvent la question du projet politique de la France et de l?Europe. Souhaite-t-on ne rien changer en pariant sur la capacité de la technologie à absorber l?empreinte environnementale (et sociale) de nos comportements ? Ou souhaite-t-on utiliser la technologie comme un levier pour faire évoluer nos comportements ?

La voiture électrique (qui émet du carbone et des déchets radioactifs) et les panneaux solaires ne seront jamais suffisants pour relever les défis auxquels l?humanité doit faire face. Il serait temps d?arrêter de vénérer la technologie pour la technologie et de la mettre au service de projets politiques réellement ambitieux. Sans lesquels nous couleront aussi sûrement que le Titanic?
a écrit le 24/10/2009 à 6:07 :
Que d'amalgames dans ce texte !
1) L'auteur reste dans une opposition manicheenne entre l'homme et la nature et dit qu'il faut continuer a privilegier l'homme. On peut depasser ce point de vue simpliste. Il ne s'agit pas d'arbitrer entre le developpement economique et la nature, mais de reussir a vivre une vie epanouie en comprenant qu'on fait partie de la nature. Pas d'opposition donc, mais complementarite' entre l'homme et la nature. Et une vie epanouie de chaque homme ne suppose pas la surconsommation materielle ni la croissance economique.
2) L'auteur s'attribue la science et dit que les decroissants refusent la science. Je suis moi meme mathematicien, passionne' de sciences, et sensible aux theses des decroissants. Je ne vois pas en quoi limiter ma consommation materielle a mes besoins naturels, sans me creer de besoins artificiels, s'opposerait a la science. C'est plutot le contraire. Avec peu de preocuppations materielles, il me reste beaucoup de temps libre pour reflechir a la science ou au monde en general, ou pour voir mes amis, partager, echanger, vivre ...
3) L'auteur parle de science mais n'a visiblement pas bien saisi la notion d'ordres de grandeur, pourtant fondamentale en physique. La quantite' d'energie qu'on peut deployer avec les energies renouvelables est sans commune mesure avec celles qu'on peut obtenir par les energies fossiles. Il y a un rapport de 10 au minimum, meme avec des hypotheses optimistes. Il ne suffit pas de dire que les ENR progressent. Encore faut il savoir de combien on part. Aujourd'hui, solaire et eolien, c'est moins de 1% de l'energie mondiale. Meme avec des taux de croissance de 15% par an, impossible de compenser le declin petrolier.
a écrit le 23/10/2009 à 12:18 :
votre propos montre combien la philosophie du développement durable rejoint la théorie économique du "green business". Ainsi s'annonce l'évolution du monde post-capitaliste. Si l'on ne veut y travailler, alors notre humanité, au sens de l'humanisme, va à sa perte. Cela signifie que le travail de l'homme ne peut plus être envisagé seulement comme réponse d'utilité à un besoin, tant cette façon de "utiliser" mène au suicide symbolique et réel. C'est en cette nouvelle perspective que le développement durable et le "green business" portent espoir. Utopie ? Oui et tant mieux car il reste vrai que seules les utopies humaines font avancer l'humanité.
a écrit le 23/10/2009 à 8:20 :
En fait, on laisse l'avenir de l'économie verte entre les mains des industriels et des politiques ! Comment faire confiance ? Lorsque l'on sait que le parlement américain fait pression sur la présidence pour toute réforme écologique. Si l'amérique ne fait rien, la chine fera quelque chose ? c'est la VOLONTE qui est mise en cause, celle des politiques, et celle aussi des industriels qui cherchent avant tout le profit immédiat à l'investissement réel, retardant la mise en place d'une politique verte répondant à l'urgence de la situation : dans 5 ans, il sera trop tard, le processus de dégradation sera lancé. Vont-ils réellement bouger d'une façon significative dans les 5 ans à venir ?... C'est mal parti.

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