Paul Samuelson : un géant de l'économie

Le Prix Nobel d'économie 1970 s'est éteint dimanche dernier. Économiste "généraliste", il a exercé une profonde influence sur la théorie économique et la communauté scientifique. Ses travaux sur la croissance, la consommation, l'effet multiplicateur sont toujours une référence. Sans oublier ses efforts de vulgarisation qui lui ont permis d'écrire son best-seller mondial, "Introduction à l'analyse économique".

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Paul Samuelson, qui s'est éteint dimanche, est le troisième économiste et le premier Américain à avoir reçu le prix Nobel en 1970 après Ragnar Frisch et Jan Tinbergen. Professeur, chercheur, journaliste, consultant, orateur de tout premier plan, il se définissait comme "un généraliste". Il a, au cours de sa longue vie de 94 ans, obtenu tous les honneurs, toutes les distinctions de la médaille John Bates Clark au prix Nobel en passant par la présidence de l'American Economic Association et la présidence de la Société d'économétrie. Il a passé quelques années aussi auprès du président Kennedy dont il fut un proche conseiller. S'il a formé en tant que professeur des générations d'étudiants, il n'a pas, comme d'autres, créé une école de pensée, même si son principal ouvrage théorique "les Fondements de l'analyse économique (1947)" reste une référence pour la communauté scientifique.

Paul Samuelson fait partie des économistes nobélisés comme John Hicks, Kenneth Arrow, Gérard Debreu ou Maurice Allais dont les contributions ont porté sur les structures analytiques des modèles théoriques pour clarifier les conditions d'équilibre, de stabilité, de cohérence et d'efficacité du système économique. C'est grâce à ces chercheurs que la théorie de l'équilibre général est devenue un des piliers de l'analyse économique théorique.

Ses travaux ont d'abord porté sur la méthodologie avec le concept de "statique comparative" qui consiste à comparer deux situations ayant des relations causales identiques mais dans lesquelles une variable exogène a changé de valeur, par exemple, l'influence de deux niveaux de revenus distincts sur l'équilibre de l'offre et de la demande sur le marché. Il s'agit d'une innovation importante par rapport aux raisonnements classiques qui ne reposaient que sur l'analyse statique ou l'analyse dynamique.

Il s'est ensuite penché sur la consommation en remettant en question les modèles qui postulaient que les ménages étaient capables d'évaluer à partir de modèles de préférence définis, les différents ensemble de consommation qui leur étaient proposés. Il soutient une autre vision moins qualitative à partir de préférences définies par des comportements observables dans la réalité, c'est ce que l'on appelle la "méthode des préférences révélées". Elle permet d'établir un lien entre la demande, les indices de niveau de vie et les décisions en matière de biens collectifs comme, par exemple, les arbitrages entre la construction d'aéroports, de parkings ou d'autoroutes. Dans son célèbre Turnpike Theorem (théorème de l'autoroute), il établit les principes à respecter pour obtenir une croissance maximale. En effet, dit-il, "pour aller de Boston à Los Angeles en voiture, la façon la plus rapide est de prendre l'autoroute et de la quitter seulement lorsqu'on est tout près de sa destination finale". En économie, il estime qu'il en est de même, pour développer le plus efficacement un pays, il faut le placer dans une situation de croissance maximale équilibrée (en quelque sorte sur une autoroute), c'est seulement dans le long terme que l'on quitte ce "trend" pour atteindre l'objectif final.

Il a aussi conçu ce que l'on appelle l'oscillateur, une combinaison du multiplicateur d'investissement et de l'accélérateur de la consommation qui permet de comprendre certaines fluctuations économiques. Enfin, sur le plan des échanges internationaux, il a montré que le libre-échange procure globalement un gain à l'ensemble des pays concernés, il s'agit, dit-il, "d'un jeu à somme positive". L'objectif ultime de ses travaux, précisait-il, "a toujours été de clarifier les phénomènes économiques pour améliorer la prise de décision des gouvernements".

Lorsque, en 2005, le journal "L'Expansion" a voulu savoir qui était le plus grand économiste de tous les temps, il a interrogé tous les prix Nobel vivants. Sur 34 lauréats sollicités, 20 ont répondu, ce qui a permis d'établir le palmarès suivant : 1er P. Samuelson, 2e ex aequo Irving Fisher (1867-1947) et Kenneth Arrow (Nobel 1972), 4e ex aequo Adam Smith, David Ricardo et John Maynard Keynes.

Il était aussi l'oncle de Larry Summers, ancien secrétaire d'État au Trésor aujourd'hui chef du Conseil économique national auprès du président Barack Obama. Il a fait toute sa carrière à Boston d'abord à Harvard et ensuite au MIT. Il ne faut pas oublier ses talents de vulgarisateur qui lui ont permis d'écrire non seulement un best-seller mondial "l'Introduction à l'analyse économie", vendu à plusieurs millions d'exemplaires et traduit dans plus de 40 langues ! mais aussi des centaines d'articles dans différents journaux et en particulier dans "Newsweek".

C'est sans doute Franco Modigliani (Nobel 1945), un de ses collègues du MIT, qui a le mieux résumé l'influence de cet économiste universellement reconnu. À l'issue d'une conférence où Samuelson présentait une communication, il se dirigea vers lui en pointant son index sur sa poitrine et lui dit "Vous !", puis après un silence, "Vous, vous avez enrichi nos vies".

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