Grèce  : un plan européen qui fait "pschitt"  !

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L'accord européen du 25 mars, même s'il va dans le bon sens, ne résout rien. Tant que la Grèce paiera plus de 6% de taux d'intérêt, elle sera menacée d'un effet boule de neige de l'endettement qui risque de faire fuir les prêteurs. Seule une caisse de refinancement de la dette grecque, basée sur des garanties d'États plus solides que la Grèce elle-même, pourrait casser cette spirale de la hausse des taux.

Tous les mois, les dirigeants européens gratifient les marchés financiers et les opinions publiques d'un plan définitif pour soutenir la Grèce dans sa débâcle financière... L'accord du 25 mars, bien qu'un peu plus précis que les autres, semble avoir fait "pschitt" comme les précédents. Le thermomètre du succès ou de l'échec en la matière est très simple à lire : c'est le niveau des taux d'intérêt des emprunts de l'Etat grec sur les marchés financiers. Ces taux reflètent l'offre et la demande internationales sur ces titres : si les flux de vente l'emportent sur les flux d'achat, les taux montent ; et vice versa.

Si donc l'accord avait convaincu les marchés, les taux des emprunts grecs auraient dû baisser. Il n'en est rien ! Après le placement de cinq milliards de titres à 7 ans en début de semaine, qu'on a voulu faire passer pour un succès, les taux grecs ont continué de monter légèrement (à 6,45% sur les maturités à 10 ans). Ce thermomètre de la confiance est aussi, en grande partie, la cause de la fièvre : le service de la dette publique grecque (laquelle dépasse 100% du PIB) engendre à lui seul un déficit public de plus de 6% du PIB en année pleine.

Si les taux moyens de financement de la Grèce pouvaient retourner à des niveaux proches de ceux de l'Allemagne ou de la France (3% ou moins, sur les échéances courtes), le déficit public pourrait être réduit de l'équivalent de 3% du PIB. Mais en restant à des niveaux de 6%, alors même que le PIB grec ne progressera au mieux que 2% ou 3% (inflation comprise) dans les années qui viennent, les taux d'intérêt feront boule de neige, enclenchant inexorablement la hausse du ratio dette/PIB.

Cet effet boule de neige est la partie "financière" du problème grec, sur laquelle les Grecs ne peuvent rien, par opposition au problème à strictement parler budgétaire, qui consiste, pour les Grecs, à revenir à un léger excédent budgétaire, avant charge de la dette. Le refus allemand d'identifier cette partie financière du problème, sous couvert d'un moralisme rétrospectif, c'est la méthode Coué ; nions la maladie pour guérir. Mais cette attitude ne rend que plus inéluctable l'étape suivante : la poursuite de la montée des taux d'intérêt, à mesure que les détenteurs de la dette grecque prendront peur, accélérant en retour le processus, jusqu'à tester la situation limite : l'impossibilité de lever des fonds, et son corollaire, le prêt du Fonds monétaire international (FMI).

Mais un prêt du FMI ne peut que marginalement financer un Etat ; l'enveloppe est de quelques dizaines de milliards de dollars - alors qu'il s'agit d'un stock de presque 300 milliards d'euros. La situation rappelle les prémices de la crise bancaire, juillet 2007-juillet 2008, quand la Réserve fédérale (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) alimentaient les banques dans des proportions de plus en plus gigantesques, sans parvenir à faire rebaisser les taux interbancaires à des niveaux normaux, tandis que les dirigeants européens, allemands en tête, se répandaient en propos moralisateurs sur l'irresponsabilité des banques, de Greenspan, des Américains, etc... Jusqu'à l'explosion de l'automne 2008, qui forçait les Etats à recapitaliser massivement les banques, aux Etats-Unis comme en Europe (Allemagne comprise).

Seule une caisse de refinancement de la dette grecque, basée sur des garanties d'Etats plus solides que la Grèce elle-même, pourrait réussir à casser cette spirale de la hausse des taux. Ou alors il faudrait une solution plus fondamentalement économique, qui rendrait d'un coup à la Grèce un fort potentiel de croissance économique (et d'inflation), permettant d'envisager une rapide décrue du ratio dette/PIB par la croissance accélérée du dénominateur. Dans la panoplie économique, cet instrument bien connu s'appelle dévaluation. Las !

Les Grecs y ont renoncé en entrant dans l'euro. Certains ont avancé l'idée d'une double monnaie (une monnaie interne dévaluée, l'euro étant conservé pour les remboursements extérieurs). L'exemple historique de la crise des assignats sous la Révolution française devrait décourager d'y recourir. Une autre piste est la taxation massive (de 15% à 20%) des importations (celles-ci représentent 33% du PIB). Le produit des taxes pourrait être en partie affecté au désendettement, et en partie à une subvention des exportations. Le principe du libre-échange européen serait écorné. Mais il faudra tôt ou tard choisir entre plusieurs maux : une garantie de la France et de l'Allemagne pour le refinancement ; ou une suspension du libre-échange ; ou un défaut de paiement pur et simple.

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Commentaires
a écrit le 06/04/2010 à 14:11 :
Merci Mr. Brossard, vous me renvoyez à F. Lenglet du 6 Avril 2010, " Crise de l'euro (2) : les leçons des années 1930 "... " en Juin 1928, R. Poincaré, ministre des finances, lutte contre l'asphyxie financière -rétablit la convertibilité or du franc, par une dévaluation de 80% ! par rapport à la valeur de 1913. Celle-ci accompagnée d'une sévère cure d'austérité -très critiquée (on imagine le vécu de nos pères)-, de la relance la croissance émerge et la prospérité peu à peu, la Suisse, la Pologne,la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas, qu'on appela l'Union Monétaire... le libre-échange qui prévalait avant la guerre de 1914 est partiellement rétabli ". La dévaluation, est-ce la solution pour la Grèce avec 300 milliards d'euros "d'un stock" ! jugez : les PIIGSD 4 000 milliards de dettes Mr. Brossard, ne portez pas d' accusations à de l'encontre de l'Allemagne et de la France ! La Grèce est responsable de sa situation ! vous ne parlez pas des politiques Grecs ? depuis plus de dix ans ils ont trompé tout le monde -en falsifiant leurs comptes bien avant 2001. Les investisseurs ont souscrit pour 100 milliards d'euros d'obligations émises par la Grèce, au vu des chiffres (mensongers) publiés par ce pays, les investisseurs ont perdu quelques dizaines de milliards d'euros. C'est connu le taux d'intérêt augmente avec le risque. Aineias, vous avez la solution : le retour au drachme ? la dévaluation ? vous voyez l'histoire de notre franc en 1930 s'en est sorti. Les uns les autres nous ne sommes pour rien dans les malheurs de votre pays si vous considérez que vous serez bien mieux hors de l'Europe ? alors ! moi j'ai voté contre l'Europe actuelle.
a écrit le 04/04/2010 à 16:01 :
Oui, pschitt avant de faire "boum" peut-être!
a écrit le 03/04/2010 à 20:03 :
Votre article est excellent car au-delà de l?image et de la fanfare, il reflète la pure réalité. L?accord soit disant suit en effet le bon chemin pour arriver à un moment sur une vraie solution, néanmoins pour l?instant aucune solution n?a été mise en place. Les marchés le savent et c?est la raison pour laquelle ils continuent à spéculer.
Le problème de cette crise grecque n?est pas du tout résolu d?autant plus qu?avec la crise globale un euro faible avantage les exportations de la zone euro (Allemagne principalement).
La taxation massive est une partie de la solution mais en aucun cas la seule solution possible et durable. L?attitude du reste de l?Europe sur cette crise et principalement de l?Allemagne, de la hollande etc, a poussée en Grèce un sentiment antieuropéen jusque là inexistant. Combinez cela à une monnaie laquelle n?a pas eu le temps d?amener à la Grèce tous les points positifs dont elle aurait pu faire dans le temps, (tout au contraire même avec la flambée des prix et l?augmentation verticale du coût de la vie), et vous avez la réponse pour la solution.
Sortie de la Grèce de l?euro (l?Allemagne n?en voulait pas et tant mieux pour la Grèce), retour au drachme, dévaluation, alignement au dollar, gain de compétitivité, chute des prix, taxation sur les produits importés, ouverture des marchés voisins, rapatriement de la flotte marchande, diminution du budget défense (de 4,6% à 2%), ouverture aux investissements chinois, accord sur la FYROM, accord sur Chypre, passage Nabucco, participation au développement des axes énergétiques (2 sur 3)

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