Se tirer une Bâle

Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

2 mn

En général, les rapports des organismes internationaux n'ont aucun intérêt. En matière économique, lorsqu'ils se risquent à faire des prévisions, ils ne font jamais qu'annoncer le temps qu'il a fait la veille, avec le ton docte qui sied aux spécialistes. Il y a toutefois une exception, ce sont les études de la Banque des règlements internationaux, sise dans la bonne ville de Bâle. Il y a quatre ans, seule la BRI avait annoncé la crise financière, avec une clairvoyance singulière. Aujourd'hui, la BRI pousse à nouveau son cri, dans l'indifférence profonde qui caractérise une communauté financière revenue à ses mauvaises habitudes.

Alors que le G20 se disperse et renonce même à l'action concertée qui avait permis d'endiguer la crise, la banque s'inquiète des effets secondaires de la médecine que nous avons administrée à la planète. Taux d'intérêt à zéro et soutien budgétaire à milliers de milliards n'ont fait que repousser momentanément les difficultés : on ne peut pas régler durablement un excès de dette par un surcroît de dette, nous dit la dame de Bâle, pas plus qu'on ne peut soigner le mal par le mal.

Les experts internationaux de la finance pointent ensuite les risques qui menacent l'économie mondiale : l'immobilier commercial aux Etats-Unis, dont la baisse des prix est préoccupante. Les besoins de refinancement à court terme du système bancaire, qui atteignent 3.000 milliards d'euros. La création de banques et d'entreprises "zombies", qui ne survivent que grâce à l'environnement artificiel qu'on a créé avec les programmes de soutien. Et la formation de nouvelles bulles spéculatives, à cause du faible coût de l'endettement.

Bigre. Alors que faire, sinon se tirer une balle en lisant la prose de Bâle ? Démanteler patiemment les dispositifs exceptionnels qu'on avait mis en place pour éviter la faillite générale, expliquent nos joyeux drilles. En clair, restaurer les finances publiques, qui menacent ruine. Faute de quoi, on prendrait le risque d'effrayer les prêteurs, et de provoquer la faillite générale.

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