America first

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

A crise globale, réponse globale : le slogan qui a donné naissance au G20 à l'automne 2008 a vécu. Celui de Toronto a donné un signal contraire en laissant à ses membres une grande liberté dans le choix des moyens de parvenir à un monde financier plus stable. Dans ce contexte, la décision du Congrès des Etats-Unis de renoncer au projet de taxe bancaire destiné à financer la réforme de la régulation financière proposée par Barack Obama pose problème.

Du point de vue américain, une taxe bancaire n'apporte visiblement pas de réponse au problème du risque systémique, qui relève plutôt de normes de fonds propres adaptées en fonction des risques. L'Europe, elle, est persuadée que le levier des taxes bancaires est équivalent à celui d'un relèvement des exigences de capital, dont la négociation en cours par le Comité de Bâle s'enlise. La finance américaine a la mémoire courte. Moins de deux ans après avoir plongé le monde dans une crise effroyable, elle continue de s'exonérer des règles internationales, pour adopter un mode de régulation principalement national.

Aucune surprise, l'Amérique reste impériale dans la production de normes qui lui conviennent. Déjà ultra-favorisées par les règles comptables US Gaap au regard de celles en vigueur en Europe, les banques américaines ne se sentent pas plus concernées par la limitation des bonus des traders que l'Europe a décidé d'imposer dès 2011. Soyons lucides : Wall Street n'a aucune intention de renoncer à son avantage comparatif et considère que le surcroît de paperasseries déjà imposé par la réforme Obama, ainsi que la règle Volcker qui va les obliger à se séparer de leurs activités de trading pour compte propre, sont déjà une punition bien suffisante.

Et pour l'Europe se pose la question de savoir si elle doit privilégier la vertu, en s'imposant des règles et des taxes bancaires qui n'existent nulle part ailleurs, ou y renoncer tant que le "level playing field", le champ de la concurrence, n'est pas juste et équitable.

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