Le mauvais exemple de General Motors

Par Marc Fiorentino, Allofinance.com
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DR (Crédits : VIA BLOOMBERG NEWS)

On dit que les marchés ont la mémoire courte mais, là, je crains qu'ils ne soient atteints de la maladie d'Alzheimer. De même que les commentateurs. Prix d'introduction largement supérieur à la fourchette initiale. Sursouscription record. Du coup, l'État et les syndicats actionnaires, un peu surpris par cette euphorie frôlant l'hystérie collective ont accéléré la vente de leur participation. Et ils ont bien raison.

Le montant de l'opération dépasse les 22 milliards de dollars et l'introduction de General Motors devient la plus importante offre publique sur le marché américain en venant détrôner Visa ! Et tout le monde d'applaudir : « Formidable ! Triomphal ! Extraordinaire ! » Juste un instant... On ne parle pas d'un nouveau Google, ici. On ne parle pas non plus d'une société qui s'est réinventée. Non. On parle juste d'une société qui a tout simplement ruiné ses actionnaires, ses salariés actionnaires, ses créanciers et ses fonds de pension il y a seize mois en se mettant en faillite. Et tout cela avec de l'argent public.

GM a été sauvé. Tant mieux. C'est autant d'emplois préservés. Mais il y a peut-être une certaine indécence à revenir si rapidement jouer le jeu de Wall Street et à s'en réjouir. Même un mouton qui a échappé une fois à l'abattoir a plus de mémoire qu'un investisseur aujourd'hui. On se rue sur l'action. Pour gagner 15 % ou 20 % en deux ou trois jours. Et si l'action rechute et que GM est à nouveau en difficulté, on refera la même chose. Faillite et introduction en Bourse. Faillite et introduction en Bourse, jusqu'à ce que mort - des investisseurs seulement - s'ensuive. Du coup, GM ouvre une nouvelle voie. Pourquoi toutes les sociétés surendettées se cassent-elles la tête à trouver le moyen de rembourser leur dette au prix de sacrifices très lourds ? C'est stupide. Quand on voit l'accueil qui est réservé à GM et les quolibets que subissent les entreprises qui peinent à rembourser leurs dettes, la solution est évidente : il faut faire du passé et des créanciers table rase et repartir de l'avant...

Je vous avoue que, si j'étais grec ou irlandais aujourd'hui, je me poserais des questions : GM est applaudi pour n'avoir pas remboursé sa dette ; et ces pays d'Europe sont stigmatisés parce qu'ils ont du mal à rembourser la leur et qu'ils veulent tout de même la rembourser intégralement. Et ne me dites pas qu'un État ce n'est tout de même pas la même chose qu'une entreprise. C'est faux. Un État devrait être, au moins en termes financiers, géré comme une entreprise. Les Américains, eux, scrutent l'exemple de GM et se rappellent la phrase du PDG du groupe Charles Wilson, il y a cinquante ans : « Ce qui est bon pour GM est bon pour les États-Unis. » Alors pourquoi pas les États-Unis, la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et même la France ?

Pourquoi GM et pas nous ? Éliminons tous notre dette d'un coup de baguette magique, surtout que tout le monde sait pertinemment qu'on ne la remboursera jamais et arrêtons de nous stresser tous les jours avec des crises. On tourne la page. On oublie les erreurs du passé et on revient tous sur les marchés pour recevoir un accueil « triomphal » et pour battre des nouveaux records de levées. Qui est l'imbécile qui a dit « qui paie ses dettes s'enrichit » ? Qui tente de payer ses dettes, sans jamais y parvenir, s'appauvrit et finit par mourir. L'Islande a dit non au remboursement de ses dettes, par voie de référendum. GM a été élu « introduction record » en ne remboursant pas ses dettes. Suivons tous la voie qui nous est tracée : qui ne paie pas ses dettes s'enrichit...

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