Socialisme et capitalisme : un avenir commun ?

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Comment concilier capitalisme et socialisme ? La Fondation Jean Jaurès réunit un colloque sur ce thème, alors que la social-démocratie tente d'adapter sa doctrine à un monde en bouleversement.

La crise présente du capitalisme financier donne une forte actualité au colloque qu'organise la Fondation Jean Jaurès sur "Socialisme et capitalisme", pour étudier des rapports qui ont lié, et continuent de lier, les socialistes et le capitalisme, principalement la manière dont ils l'ont analysé, pour le remplacer ou s'en accommoder. Une grande part des problèmes identitaires que connaît le socialisme européen aujourd'hui tient au manque de clarté sur les rapports qu'il doit avoir avec le capitalisme tel qu'il a évolué.

Le Parti socialiste français dans "La déclaration de principes" qu'il a adoptée en 2008 parle d'un "rapport critique" avec le capitalisme. Toute la question évidemment est de savoir quelle doit être la nature et la portée de cette critique. C'est en refaisant le chemin qui a été celui du socialisme depuis le XIXe siècle qu'il est possible d'apporter quelques réponses. Le sens de l'évolution est connu. Là n'est pas l'intérêt. Il est d'analyser les choix faits successivement. Tous les socialistes au XIXe siècle - quelles que furent leurs écoles de pensée - ont critiqué dans le capitalisme l'addition de la propriété privée des moyens de production et d'échanges et de l'économie de marché, pensant que ce système ne pouvait pas permettre une allocation rationnelle des ressources dans l'intérêt de tous - et nous dirions aujourd'hui de la planète - et ne pouvait pas être juste dans la répartition des biens. Les divergences commencent, aujourd'hui comme hier, dans les remèdes proposés. Historiquement, trois grands projets - et trois seulement - ont pris corps, le socialisme associatif, qui entendait reconstruire la société à partir de l'association directe des producteurs, le communisme, qui a voulu administrer l'ensemble de l'économie, le socialisme démocratique, qui est arrivé à la conception qu'il est possible de limiter l'irrationalité et l'injustice du capitalisme en conciliant la propriété privée de l'essentiel des moyens de production et d'échange et une direction démocratique de l'économie.

Les partis de la Seconde Internationale, après 1917, ont éclaté sur la question de la démocratie. Mais le marxisme a continué de dominer les schémas de pensée en matière économique jusque dans les années 1930, dans les partis scandinaves, et jusqu'au début des années 1980 dans les partis socialistes au sud de l'Europe. Avec l'échec du communisme de type soviétique et la conversion du communisme chinois à l'économie de marché, une autre période s'est ouverte, qui n'a plus permis au socialisme démocratique de se penser comme un entre-deux entre le capitalisme et le communisme.

Le socialisme démocratique représente toujours cependant une option, et ses propositions ont une réelle pertinence au moment où la recherche de nouvelles institutions pour forger les compromis nécessaires entre l'économie, la société, la nature, est reconnue comme la question décisive. Mais ses difficultés d'adaptation pas moins réelles nourrissent un large débat.

Leurs causes sont, à la fois exogènes, commandées par l'évolution d'un capitalisme qui a mis en cause les compromis nationaux, et endogènes, tenant aux politiques social-démocrates elles-mêmes dans des sociétés fragmentées.

Le pragmatisme domine dans les politiques suivies par les gouvernements socialistes. À l'évidence, il ne peut pas suffire. En effet, le défi est double : le capitalisme, à son apogée historique, est en crise, et ses fragilités dangereuses demandent de définir de nouvelles réglementations à toutes les échelles, qui apportent une stabilité nécessaire, mais l'État-nation l'est également - l'influence des agences de notation est une preuve suffisante. L'effort qui est demandé aux socialistes est de ne pas se contenter de protections étatiques, partiellement illusoires. La question du capitalisme ne fait donc qu'une avec celle des institutions prises au sens large, au centre d'une alternative à rebâtir.

C'est là, que refaire le chemin des socialistes dans leurs rapports avec le capitalisme, tant du point de vue des doctrines que des pratiques, apporte des éléments utiles pour mener l'inventaire des théories et des intérêts qui n'ont jamais été remis en cause pendant longtemps. Ce que montre l'histoire est que l'essentiel des choix faits par les socialistes ont été conduits par la volonté de faire vivre la démocratie. Bien poser les problèmes aujourd'hui serait de chercher les moyens de redonner aux citoyens et aux personnes un rôle d'acteurs pour ne pas subir des décisions sur lesquelles ils n'ont pas de prise.

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