« D'ici cinq ans, le yuan sera une monnaie internationale »

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Antoine Brunet, président de AB Marchés

Quelle lecture faites-vous de la visite diplomatique du président chinois Hu Jintao à Washington ? Opération de séduction ou de fermeté ?

C'est la première fois que le dirigeant chinois montre une telle fermeté dans son message : place au yuan comme monnaie internationale, car la suprématie du dollar comme monnaie de réserve, c'est fini ! Les Chinois se souviennent que l'émergence du dollar comme monnaie de réserve a largement contribué à la chute de l'URSS. Aussi, destituer le dollar est aujourd'hui la manière la plus efficace de mettre les États-Unis à genoux.

Cette guerre des monnaies serait donc un conflit géopolitique rappelant les heures sombres de la guerre froide ?

Oui car l'internationalisation du yuan, puis l'émergence de la monnaie chinoise comme monnaie de réserve, ne sont que des objectifs intermédiaires de Pékin. La valeur de sa monnaie, comme son coût du travail quatre-vingt fois inférieur au coût du travail aux États-Unis, et les avantages fiscaux qu'elle a consentis aux groupes étrangers, constituent des armes maîtresses de la guerre économique qu'elle mène depuis quinze ans. Qui donc parmi nos élites l'a compris ? Pendant ce temps, elle se réarme d'une façon spectaculaire, avec un budget militaire qui croît de 17 % l'an depuis cinq ans, et encore ne s'agit-il que d'une partie de ses investissements militaires.

Nicolas Sarkozy, qui préside le G20, semble acquis aux appels de la Chine à refonder le système monétaire international...

C'est une folie, car, si le dollar perdait son statut de monnaie de réserve, les pays occidentaux auraient plus de mal à financer leurs dépenses militaires. Il y a une cécité toute munichoise des dirigeants du monde occidental vis-à-vis de la montée en puissance de ce régime autoritaire. Même aux États-Unis, les milieux d'affaires ferment les yeux sur les risques que présente la Chine, et jouent contre le peuple américain en lui faisant subir une effroyable désindustrialisation des États-Unis.

Mais la Chine, où l'État de droit n'est guère qu'embryonnaire, n'est pas près d'imposer le yuan comme monnaie internationale...

Détrompez vous ! Avant cinq ans, elle y arrivera. D'abord, parce qu'elle fait tout pour, en laissant ses banques développer leurs activités de dépôts à l'international. Ensuite, parce que la politique monétaire outrageusement expansionniste des États-Unis a fini par discréditer le dollar auprès des pays émergents. Si la Fed annonçait en juin qu'elle renouvellera cette politique pour éviter une remontée des taux longs qui affaiblirait sa reprise, les appels à abandonner le dollar se multiplieraient en direction de l'Arabie Saoudite. Ils seraient le prélude à un abandon du lien entre la monnaie américaine et le prix du pétrole, et marqueraient ainsi la chute de la maison dollar.

Alors que faire ? Faut-il fermer les frontières ?

Il faut d'abord que responsables politiques et entreprises multinationales qui travaillent avec la Chine prennent conscience de la violence de sa guerre économique. Il faut redynamiser l'alliance entre les membres du monde libre et démocratique afin qu'il se défende vigoureusement face à la montée de l'impérialisme chinois.

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