Ces notaires qui nous gouvernent

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Copyright Reuters (Crédits : Pascal POTIER)
Le bloc-notes de Stéphane Soumier, rédacteur en chef de BFM Business.

Vous avez investi dans une résidence, vous avez emprunté, vous avez acquis cette résidence et puis on vous propose un boulot, vous êtes à Paris on vous propose un boulot à Toulouse, si vous n'avez pas les moyens de payer la plus-value, eh bien dans ce cas-là vous pouvez être bloqué sur le plan professionnel. » Vous voulez prendre quelques secondes pour la relire, la phrase ? Allez-y... je vous attends... Vous voulez recommencer parce que vous vous dites que ça ne veut rien dire ? Ne recommencez pas, ça ne veut rien dire ! Le problème c'est que c'est le ministre du Budget qui la prononçait, cette phrase, à la fin de la semaine dernière à la télévision. Et le problème c'est que François Baroin commentait ainsi l'un des débats les plus explosifs du moment, l'éventuelle taxation d'une plus-value sur la vente d'une résidence principale.

Un mot sur le fond : en région parisienne, justement, les prix ont augmenté de 10 % sur l'année. Un logement de 500.000 euros n'a rien d'extraordinaire. On peut donc envisager 50.000 euros de plus-value, d'ores et déjà. Prenons même les prix moyens du marché national, 210.000 euros, durée de détention, là encore en moyenne : sept ans et demi. Plus-value moyenne sur 2004-2011 : 200 % ! Vous faites les comptes, vous ramenez ça au salaire moyen, et vous continuez à penser que ça doit échapper à toute taxation ?

Aucun talent, aucun effort, aucun risque à l'origine de cette aubaine, mais la simple spéculation, les mouvements d'un marché que personne ne contrôle. Au nom de quoi serait-elle exonérée ? Parce que l'on vend souvent pour acheter plus grand, nous disent les experts immobiliers. Cette taxation, ce serait enlever quelques mètres carrés à des familles qui n'en ont déjà pas beaucoup. Dire ça, c'est reconnaître que le marché immobilier n'a aucun sens, si les prix ne sont en aucun cas capables de s'ajuster à la demande. Mais c'est surtout continuer à creuser les inégalités entre ceux qui sont propriétaires et ceux qui ne le sont pas. En gros, vous avez la moitié de la France qui peut croître tranquillement à l'abri de l'impôt (souvent d'ailleurs aidée, au départ, par une donation des parents) et l'autre partie, les locataires, qui porte la charge foncière à travers la taxe d'habitation et qui va porter tout le poids des hausses inévitables pour le rétablissement des finances publiques. Parce qu'elle est quand même là, la clé du problème : nous sommes ruinés mesdames, messieurs ! Est-il absurde d'aller prendre un peu d'argent là où il est ? Je veux dire, là où il est vraiment, pas virtuel, mais bel et bien réalisé ?

Mais encore une fois, il serait intéressant d'en parler, d'en débattre, si l'on pouvait le faire sereinement. Si l'on pouvait surtout penser que ceux qui nous dirigent cherchent à trouver des solutions. Nous savons tous que ça n'est pas le cas. Pourquoi avoir commencé avec cette phrase de François Baroin ? Parce qu'il maîtrise habituellement parfaitement son discours. Là, il improvise. Et il dit n'importe quoi. Il improvise parce qu'au fond il n'a pas de conviction. Ou plutôt, si, il en a une : dire le contraire de Christine Lagarde. De la même façon que les 35 heures sont un règlement de comptes Copé-Bertrand, cette affaire apparaît comme l'un des épisodes de la lutte de pouvoir à Bercy.

François Baroin dit qu'il veut des idées simples. Ne pourrions-nous pas tomber d'accord sur quelques éléments : on taxe le patrimoine plutôt que l'outil de production, et l'on taxe le flux plutôt que le stock, on cherche à protéger l'effort et la prise de risque, on essaie d'orienter l'épargne vers l'innovation. Qui peut être en désaccord avec ça ? Et comment prétendre alors que la taxation des plus-values lors de la revente de la résidence principale est une mesure néfaste ? J'écris ça sans illusion, les notaires qui nous gouvernent préféreront raboter le crédit d'impôt recherche, c'est tellement plus simple !

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