Retraites : leçons espagnoles

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

"Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà !", écrivait Blaise Pascal. Même prise au pied de la lettre, la phrase garde toute sa force. Actualité syndicale et négociations sociales en ont donné jeudi une étonnante illustration. A Paris, la rumeur, démentie, d'un départ anticipé du leader de la CGT, Bernard Thibault, est venue rappeler qu'une frange de la gauche ne lui pardonnait pas d'avoir tenu en lisière les jusqu'au-boutistes lors du conflit sur les retraites et le report de l'âge légal de départ de 60 à 62 ans. 

A Madrid, le gouvernement Zapatero et les deux grands syndicats espagnols, l'UGT et les Commissions ouvrières, négociaient d'arrache-pied une réforme repoussant cet âge de départ de 65 à 67 ans... Certes, l'examen comparé des deux textes modifie la perception que l'on peut avoir, à première vue, de chacun d'eux. La durée de cotisation nécessaire pour toucher une retraite à taux plein, nettement plus longue en France (41 ans en 2012) qu'en Espagne (35 ans), réduit l'écart entre les deux réformes. La française est sans doute plus dure qu'il n'y paraît, et l'espagnole, moins sévère. Mais il n'empêche. Ici, c'est bien le refus de négocier et le culte du rapport de force qui font recette. Là-bas, l'accord sur les retraites doit être un premier pas vers la renégociation d'un grand Pacte social. Un pacte englobant une réforme du marché du travail et une refonte de la politique de l'emploi.

Dans leurs relations sociales, France et Espagne ont longtemps partagé la culture du conflit. Mais trente-cinq ans après le rétablissement de la démocratie, ce n'est plus vers Paris que les Espagnols cherchent leur futur, c'est vers Berlin. Outre-Pyrénées, la recherche d'un consensus à l'allemande est devenue l'alpha et l'oméga de la modernité. 

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