Pourquoi le royaume n'aime plus la City

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Par Eric Albert, correspondant de La Tribune à Londres

Une commission britannique indépendante, mise en place à l'initiative du gouvernement et dirigée par John Vickers, a donc décidé de sérieusement s'attaquer aux banques. Les conclusions de son rapport préliminaire, rendues publiques la semaine dernière, sont apparemment sans concession : elles proposent de durcir les exigences de fonds propres des banques - avec un ratio minimum Tier One de 10 % contre 7 % recommandé par l'accord international dit « Bâle III » - et de « sanctuariser » les activités de banque de détail, notamment en cas de difficultés majeures dans la banque d'investissement. Ces recommandations vont donc bien plus loin que tout ce qui a été fait jusqu'à présent en matière de régulation bancaire dans le monde. Et chacun aurait pu s'attendre à ce que la presse, les hommes politiques et l'opinion applaudissent à deux mains l'audace des membres de la commission. Las, la réaction fut unanime : le rapport est trop timoré !

Même le « Financial Times », la bible de la City, s'agace. « Les banques s'en sortent impunément, encore une fois », estime son éditorialiste Philip Stevens. « Soupir de soulagement pour les banques », ajoute le « Guardian ». Pendant la conférence de presse de présentation des conclusions, les journalistes se montraient même agressifs. « Il est évident que vous avez reculé face aux banques », a ainsi lancé Robert Peston, un journaliste vedette de la BBC.

Il y a tout juste trois ans, ces critiques auraient été inimaginables. La presse et tous les partis politiques applaudissaient l'approche « light touch » du gouvernement qui avait apporté une décennie de prospérité à la City. Depuis, la crise est passée par là : le PIB a chuté de 4,5 %, un million de personnes supplémentaires se sont retrouvées au chômage et un plan d'austérité sans précédent a été lancé. Quatre banques ont été nationalisées, une hérésie au pays qui a inventé les privatisations.

D'où un retournement brutal de l'opinion. La crise n'a pas eu lieu qu'en Grande-Bretagne, mais c'est ici que la foi dans l'idéologie libérale était la plus forte. Aux États-Unis, une large partie de la population a toujours été méfiante vis-à-vis des banques de Wall Street. En Europe continentale, le capitalisme financier est traditionnellement suspect. En Grande-Bretagne, la révolution Thatcher avait fait consensus et les travaillistes avaient poursuivi avec ferveur le travail de dérégulation de la finance. Mais aujourd'hui, les Britanniques sont en colère contre leurs banques. Et une bonne partie de la classe politique est fortement tentée de mettre de l'huile sur le feu. En particulier, Vince Cable, le « monsieur Économie » des libéraux-démocrates, a longtemps plaidé pour une séparation complète de la banque de dépôts et de la banque d'investissement. Depuis qu'il est ministre de l'Industrie, il a mis son discours en sourdine, mais les attentes du public sont fortes. D'où la déception face aux mesures très techniques proposées par la commission. De plus, l'attitude arrogante de certains grands banquiers et le retour des bonus n'ont pas franchement pacifié le climat. Reconstruire une relation de confiance entre la City et les Britanniques sera une tâche de très longue haleine.

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