L'actionnaire, le salarié et le loup-garou

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction

Le diagnostic est le bon. Le remède... Dans le partage de la valeur ajoutée, les entreprises ont bien changé l'ordre de leurs priorités. Il n'y a pas si longtemps, la rémunération des actionnaires venait en dernier, une fois payés les fournisseurs, les investissements, les salaires et les charges sociales. Ces dernières années, le soin porté aux actionnaires a pris le pas sur tout le reste. Pendant la crise, les entreprises cotées ont compensé la baisse de leurs résultats par une hausse de leur taux de distribution, voire ont poursuivi leur politique de rachat d'actions pour réveiller leur cours de Bourse. Il leur fallait répondre aux exigences des investisseurs, souvent étrangers d'ailleurs faute de « zinzins » français, pour protéger leur management et leur indépendance. Comme les investissements devaient être maintenus, vaille que vaille, pour résister à la mondialisation, les salaires, déjà soumis à forte pression en raison d'un chômage élevé et des menaces de délocalisation, ont servi de variables d'ajustement. L'idée de Nicolas Sarkozy, le président du pouvoir d'achat, de lier l'augmentation des dividendes à l'octroi d'une prime aux salariés, répond à ce constat-là. Mais la mise en place de la fameuse prime s'annonce lacunaire - tous les salariés n'en bénéficieront pas - et compliquée - patrons et syndicats dénoncent déjà la nouvelle usine à gaz. Le chef de l'État aurait pu suivre d'autres voies. Rénover les dispositifs d'intéressement et de participation, par exemple. Ou bien, plus spectaculaire, faire de l'actionnariat salarié la priorité des priorités. La mesure, au lieu d'opposer actionnaires et patrons d'un côté, salariés de l'autre, aurait eu le mérite de rapprocher leurs intérêts. Et de conforter l'indépendance des entreprises face aux loups-garous étrangers.

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