DSK, la gauche et le bûcher des vanités

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef à La Tribune.

DSK "out", le PS est-il KO ? La déflagration du coup de tonnerre du samedi 14 mai à New York n'en finit pas de produire ses effets sur la scène française. Suicide politique ou meurtre politique ? Entre les tenants de la thèse de l'acte manqué, de la part d'un homme qui voulait bien être président, mais pas être candidat, et ceux qui s'accrochent encore à la théorie du complot, le rendez-vous est désormais fixé au procès. Maintenant que DSK n'est plus directeur général du FMI, on quitte l'économie ou la politique pour entrer dans la rubrique faits divers.

Une chose est sûre, le destin brisé de Dominique Strauss-Kahn a quelque chose de pathétique, et son scénario est digne des pires thrillers ou feuilletons américains. L'affaire rappelle furieusement un autre best-seller mondial, publié en 1987 par le romancier Tom Wolfe. Dans "le Bûcher des vanités", porté à l'écran par Brian de Palma, le héros est un riche financier de Wall Street, dont la descente aux enfers ressemble à s'y méprendre à celle que traverse DSK.

Sherman McCoy est un de ces "maîtres du monde" à qui tout réussit : bien marié, père d'une fille de 7 ans, il est riche et reconnu. Un jour, en ramenant sa maîtresse, Maria, de l'aéroport, l'irréparable se produit. Suite à une erreur, il se retrouve au coeur du Bronx et, en tentant de fuir, la jeune femme paniquée écrase un jeune Noir qui tentait de les aider. L'enquête qui suit conduit vite à l'inculpation de Sherman McCoy qui, incapable d'assumer la vérité, voit son univers s'écrouler : il perd sa femme, son travail, son appartement, ses amis et brûle sur le bûcher de ses propres vanités. Ce terme est inspiré du "falo delle vanita" : le 7 février 1497 à Florence, les disciples du moine Savonarole brûlèrent le jour de mardi gras des milliers d'objets considérés comme poussant au péché : miroirs, cosmétiques, bijoux et autres robes richement travaillées, mais aussi livres immoraux et images licencieuses.

Sur ce "bûcher des vanités", ce n'est pas seulement Dominique Strauss-Kahn, condamné avant d'être jugé, qui est assis. Le livre de Tom Wolfe, moraliste, dresse un impitoyable portrait du système judiciaire aux États-Unis. DSK aurait dû relire cette phrase : "ne vous retrouvez jamais pris dans le système de la justice américaine. Dès que vous êtes pris dans la machinerie, juste la machinerie, vous avez perdu. La seule question qui demeure, c'est combien vous allez perdre." Traité comme un simple quidam par une justice publique accusatoire, l'ancien directeur général du FMI est broyé par un système plus fort que lui. Tout d'un coup, le maître du monde se révèle impuissant !

C'est d'ailleurs un des effets secondaires possibles de cette histoire, qui passionne le monde entier. Une statue déboulonnée, cela peut être tout à la fois émancipateur et dangereux, note l'écrivain Luis de Miranda. Emancipateur parce que si Lui est faillible, cela veut dire que chacun peut l'être. On retrouve la fragilité existentielle de l'être humain. Dangereux si le peuple en conclut qu'il n'y a pas de grands hommes et se tourne vers les extrêmes.

Pour la gauche, la chute de Dominique Strauss-Kahn est aussi une leçon. Il était le candidat le mieux placé parce qu'il était celui qui mordait le plus sur l'électorat de la droite libérale déçue du sarkozysme. Compétent et mondialisé, son spectre était le plus large, mais aurait-il rassemblé la gauche ? On ne le saura jamais. En revanche, il semble sûr que sur le bûcher de ses propres vanités, le Parti socialiste va désormais devoir brûler certaines idoles et retrouver son identité perdue pour partir à la reconquête des classes populaires, désespérées de n'être pas entendues par leurs représentants. Le film "la Conquête", sorti en salles cette semaine, le montre : c'est en faisant ce choix que Nicolas Sarkozy l'a emporté en 2007, quitte à trahir ensuite ses promesses faute de résultats tangibles.

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