L'introuvable restructuration de la dette grecque
Henri Bourguinat, professeur émérite, coauteur avec Eric Briys de "Marchés de dupes" (éd. Maxima)
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Sur la dette grecque, à l?évidence l?Europe, cette fois encore, cafouille. Après l?octroi du prêt de 110 milliards d?euros de juin 2010 et l?officialisation du Fonds de stabilisation européen, on pensait bien que l?on avait trouvé la solution. Or, rien n?est moins sûr aujourd?hui. Le plan d?austérité pourtant durement ressenti par la population hellénique se révèle inefficace. La croissance grecque devrait être seulement de 3% en 2011 contre 4,2% en 2010. La dette publique est passée, quant à elle, de 132% du PIB à près de 160%. La Grèce, aujourd?hui, doit payer 15% pour emprunter à 10 ans. Il faut donc remettre en chantier le plan de sauvetage et on parle d?une rallonge importante de l?aide financière (de 60 à 100 milliards d?euros) quand ce n?est de restructuration de la dette sans que l?on soit d?accord ni sur son principe ni sur ses modalités.
En fait, la cacophonie s?est aggravée. Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, de façon un peu pathétique, s?obstine à déclarer qu?il "n?y a pas de discussion sur la restructuration de la dette" et? que "c?est le pays qu?il faut restructurer". Or, à trois ans, ce sont plus de 200 milliards d?euros de besoins financiers non couverts qui sont à trouver, alors que l?on sait d?ailleurs qu?environ 300 milliards de capitaux grecs se sont courageusement réfugiés en Suisse.
Côté pourvoyeurs de fonds, le ministre allemand des Finances, Wolfang Schäuble se rallie à ce que l?on appelle joliment un « reprofilage » de la dette grecque. Il propose d?allonger les maturités de 7 ans (ce qui ne serait pas pour déplaire aux banques) tout en maintenant le principe du remboursement final des crédits à 100%. Tout au plus concède-t-il que le secteur privé devra prendre à sa charge une part du fardeau peut-être en acceptant d?abaisser certains taux d?intérêt, sans préciser pour l?instant davantage. Retour, a-t-on dit, aux obligations Brady des années 1990.
En réalité, c?est bien un rééchelonnement mais ici, contrairement à ce qui avait été fait pour les pays en développement, sans décote. Malgré la modestie d?un plan B destiné seulement à acheter du temps, il suscite l?ire de la Banque centrale européenne (BCE). La France, tout en acceptant le principe de la remise au pot de l?aide financière ? quitte pour elle à emprunter un peu plus encore car elle n?a toujours pas le premier sou de ce qu?elle s?apprête à mettre à disposition ?, préconise de reconduire les crédits, en roulement ("roll over"), au fur et à mesure qu?ils se présentent à échéance. Aux yeux des banquiers centraux, les projets de restructuration, eux-mêmes, pourraient déboucher sur un véritable "scénario de l?horreur" (Christian Noyer). La Grèce se viderait de plus en plus de ses capitaux et pourrait contaminer les autres pays européens fragiles et, de ce fait, créer une véritable panique orchestrée par les agences de notation toujours à l?affût. Bientôt, l?euro lui-même n?échapperait pas à la menace.
Henri Bourguinat, professeur émérite, coauteur avec Eric Briys de "Marchés de dupes" (éd. Maxima)