L'économie sociale et solidaire peut régénérer un système à la dérive
Tarik Ghezali
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Le week-end dernier (17-20 juin), des milliers de personnes, militants ou simples curieux venant de toute la France, sont venus emplir l'ancienne Bourse (Palais Brongniart, Paris) d'une musique peu coutumière du lieu : celle de l'innovation sociale et de l'engagement pour une économie plus humaine. S'y sont en effet tenus les états généraux de l'économie sociale et solidaire, grand rassemblement festif et citoyen qui a mis à l'honneur ce foisonnement d'initiatives et d'entreprises, ayant en commun de produire, consommer et décider autrement, de manière plus respectueuse de l'homme et de l'environnement.
L'autre économie qui prend la Bourse ! Symbole fort d'un début de retournement, qui pourrait bien caractériser le début de la nouvelle décennie. Retournement en effet quand l'exigence de renouveau démocratique vient des anciennes colonies (Tunisie, Égypte...) et inspire aux anciens colonisateurs (Espagne, France, Portugal...) de nouvelles formes de mobilisation citoyenne. Retournement quand Attac propose la candidature de sa coprésidente à la tête du FMI ou quand le prix Nobel d'économie, d'habitude orthodoxe, est attribué en 2009 à Elinor Ostrom, pour ses travaux sur la démocratie économique.
Retournement aussi quand la volonté de changement et la foi en l'avenir sont portées avec le plus de force par trois nonagénaires inspirants, Claude Alphandéry, Edgar Morin et Stéphane Hessel, qui nous rappellent que l'improbable est toujours possible et que l'indignation, indispensable moteur humain, peut et doit déboucher sur des actions positives de transformation.
Retournement de même avec l'économie sociale et solidaire : longtemps ignorée, suscitant méfiance et même rejet, elle connaît aujourd'hui un regain d'intérêt, non seulement parce qu'elle répare souvent les dégâts du capitalisme mais aussi et surtout par sa vocation anticipatrice. Elle apporte en effet des réponses à des défis qui se posent à toute l'économie.
C'est le cas par exemple à Rennes avec Bretagne Ateliers, une entreprise de 600 salariés dont 80% de personnes handicapées, qui a mis en place un système de management basé sur une forte autonomie des ouvriers ("pyramide inversée"). Sous-traitant de rang 1 de PSA, certifiée ISO 9001, elle intègre des produits industriels complexes et démontre que fragilité et compétitivité peuvent aller de pair. Forte de son expérience pionnière, elle assure même des formations visant à faire progresser les entreprises "classiques" dans leur management...
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Tarik Ghezali