Les leçons d'un rebond

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Par Éric Walther, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune

Que n'a-t-on tous dit, pensé, entendu dans les jours qui ont suivi la catastrophe de Fukushima ? Un flot de certitudes où l'émotion le disputait à la compassion, et même à l'inquiétude tout égoïste pour notre petite santé que l'on imaginait menacée de ce côté-ci de la planète. En vrac, le nucléaire c'était fini, une autorité internationale devait se mettre en place pour contrôler les risques environnementaux, l'économie mondiale allait être durement affectée, quant à celle du Japon... On verrait quand on autoriserait le pays à sortir de quarantaine. C'est la première leçon de ce rebond inattendu d'une nation décidément insondable : l'hystérie médiatique, inévitable en pareilles circonstances, impose une urgence dans le jugement qui continue d'être aussi mauvaise conseillère. Même lorsque l'on convoque les meilleurs esprits, puisque cet accident a toute de suite pris une ampleur planétaire. Ensuite, les performances calamiteuses du gouvernement japonais, pendant et après la crise, interrogent sur les capacités d'une société, d'une économie, à vivre en totale autonomie. La classe politique japonaise n'a certes jamais brillé par ses talents, mais tout de même. Après la Belgique, qui nous a montré qu'un pays peut finalement s'en sortir très honorablement sans exécutif pendant plus d'un an, voilà un sujet de réflexion pour nous, Occidentaux, si attachés à la « nécessité du politique », comme on dit. Enfin, le Japon. Ne nous attardons pas sur les clichés : une nation de guerriers, habitués à la résilience, durs au mal, où la collectivité prime sur l'individu. La désinvolture avec laquelle sont traités les gens touchés de près ou de loin par la catastrophe sidère. Les laissés-pour-compte de ce rebond sont pléthore. Le pays semble l'accepter. Mais jusqu'à quand pourra-t-il entretenir cet étrange métissage d'une hypermodernité et des comportements d'un autre temps ?

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