Le risque et la décision politique
Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics et Vincent Chriqui, directeur général du Centre d'analyse stratégique (CAS)
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Le tsunami japonais et la catastrophe de Fukushima viennent nous rappeler combien l'appréhension du risque et son évaluation constituent une composante essentielle d'un programme d'investissement public. La réponse serait simple si un surcroît de dépense pouvait suffire à les prévenir. Malheureusement, le risque zéro n'existe quasiment jamais.
Dès lors, la question se pose en termes de dépenses à consentir pour éviter un événement par essence incertain : jusqu'où aller pour garantir une diminution de 10 % des accidents mortels sur le réseau routier, jusqu'où vacciner pour diminuer de 5 % la probabilité d'une pandémie grippale ? Ne rien faire serait condamnable du point de vue collectif, vouloir supprimer tous les risques entraînerait des coûts prohibitifs. La science économique peut éclairer le politique afin de lui permettre d'appliquer, en toute transparence et au mieux de l'intérêt collectif, un principe de proportionnalité et de cohérence entre les décisions prises et des enjeux collectifs clairement précisés.
Dans la plupart des cas, les décisions collectives doivent être prises dans un monde extrêmement incertain, qui perturbe le débat public au risque de biaiser le choix des décideurs. Citons, parmi nombre d'exemples, les autorisations de nouveaux médicaments, les investissements dans les infrastructures de transport ou de production d'énergie ou les innovations biogénétiques. À la demande du gouvernement, le Centre d'Analyse Stratégique a réuni un comité d'experts pour réfléchir à la meilleure manière de prendre en compte le risque dans les politiques publiques. Certaines recommandations du rapport relèvent du bon sens.
Pour lutter contre la tendance naturelle à embellir les projets, leur évaluation devra contenir une description transparente, argumentée et précise des hypothèses retenues. C'est une condition nécessaire du bon exercice de la démocratie. L'évaluation devra également tenir compte du degré d'irréversibilité des engagements, afin de valoriser les projets qui laissent le plus de possibilité d'adaptation aux événements futurs.
Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics et Vincent Chriqui, directeur général du Centre d'analyse stratégique (CAS)