Pour en finir avec l'injonction d'excellence

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Par Dominique Moine, directeur emploi, carrière et retraite, Mondial Assistance

«On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans... » On devrait, du moins, avoir le droit de ne pas l'être trop. Pourtant, face à un marché du travail sans horizon, les adolescents et les jeunes adultes subissent aujourd'hui une énorme pression : l'obligation, très tôt, de choisir une orientation, de s'y tenir et surtout d'y exceller - tout le système éducatif faisant de l'excellence scolaire la clé de la réussite. Alors que font ces jeunes ? Ils travaillent. Il faut cesser de dire le contraire. Professeurs, parents, conseillers d'orientation... tous, nous voyons la grande majorité de ces jeunes travailler, souvent beaucoup, avec l'angoisse de ne pas y arriver, de décrocher. Et de fait, certains n'y arrivent pas et décrochent.

 

Or il y a quelque chose à faire : si les portes des voies dites « royales » se ferment devant un jeune, il peut en pousser d'autres pour trouver une voie qu'il n'avait pas envisagée ni même imaginée. Encore faut-il lui dire que c'est possible et l'aider à faire la part des choses entre des aspirations floues ou irréalistes, qui bien souvent sont plus celles de ses pairs que les siennes, et des orientations plus conformes à ses aptitudes.

Les adolescents s'évaluent en fonction des attentes et des normes de leur entourage. Ceux qui ne remplissent pas le contrat tacite d'excellence sont marqués par un sentiment d'échec et peinent d'autant plus à se projeter qu'ils ne se connaissent pas. Aidons-les à découvrir qui ils sont. Les outils sont nombreux : questionnaires, tests, autoévaluations, évaluations par autrui sont autant de moyens de mieux se connaître et d'enclencher un projet concret. Ainsi, Sandy en terminale littéraire envisage soit le tourisme, soit l'enseignement. Pour cela, elle vise haut : hypokhâgne, khâgne, ENS... sans en avoir le niveau. Le bilan réalisé dans le cadre d'une démarche d'aide au choix d'orientation professionnelle ne conforte aucune des deux pistes. En revanche, il met en évidence des intérêts et une personnalité en phase avec le domaine de la communication, des relations publiques. Sandy identifie alors le métier d'attaché de presse et rencontre des professionnels. Très motivée, elle s'inscrit au concours de l'Efap, le passe en janvier et est acceptée. En juin, elle obtient son baccalauréat et, en septembre, entre en formation pour trois ans, soulagée et épanouie d'avoir trouvé sa voie.

 

Mieux se connaître est un point de départ mais entre l'idée qu'on se fait d'un métier à 16 ou 18 ans et les réalités de ce métier, il y a généralement un fossé qu'il vaut mieux mesurer avant de s'engager. Ici, les proches peuvent et doivent aider. Comment ? Simplement en organisant des rencontres avec les adultes de la famille, les amis, les parents des copains de classe, les voisins, les partenaires de loisirs... pour parler de leur profession. Rien de mieux qu'un échange, si possible sur le lieu de travail, avec quelqu'un qui exerce la profession qui attire le jeune pour sonder réellement sa motivation et valider une orientation en étant conscient des atouts mais aussi des contraintes du métier. Brisé par deux échecs au concours de kinésithérapeute, c'est en rencontrant des infirmiers qu'Alan a compris qu'il pouvait s'épanouir dans un autre métier. Ces échanges lui ont permis de faire le deuil de son ancien projet et de reprendre confiance en lui pour construire un nouveau projet.

Troisième outil concret : l'écriture. Il faut encourager les adolescents à écrire leur projet. Et peu importe que ce soit long ou court, peu importe la précision des mots ou leur orthographe ! C'est grâce à une démarche pragmatique et structurée utilisant de manière conjuguée ces outils que les jeunes arrivent à dépasser leur frustration, pour prendre les rênes de leur avenir professionnel. Pour rassurer à la fois les jeunes et leurs parents, il est essentiel de dire et redire qu'aucun échec n'est définitif. Si les conditions du marché du travail sont indéniablement difficiles, jamais les jeunes n'ont eu autant de possibilités d'orientation - à condition de s'ouvrir, de chercher et d'avancer sans a priori dans des voies qui peut-être ne seront pas celles de l'excellence institutionnelle mais celles de l'excellence individuelle, celles de leur réussite.

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