Compétitivité : quand les États-Unis regagnent du terrain

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Par Virginie Maisonneuve, responsable des actions internationales, Schroders

La compétitivité est un des sujets les plus importants pour les investisseurs comme pour les décideurs publics. Or son paysage global est en train de changer à la suite de la crise financière de ces dernières années. Des changements notables se produisent, le déclin de la compétitivité européenne se poursuit tandis que les États-Unis redressent progressivement la barre.

L'Europe occidentale a un des coûts unitaires du travail les plus élevés au monde. Et cet indicateur clé de la compétitivité, calculé en divisant le coût salarial total par les quantités produites, n'a cessé de se détériorer depuis l'introduction de la monnaie unique, la vigueur de l'euro venant renforcer l'évolution des salaires.

C'est particulièrement le cas en Europe du Sud. La Grèce a ainsi connu une des plus fortes augmentations du coût unitaire du travail, en hausse de 34 % depuis 2005, conséquence de la croissance des salaires à une vitesse cinq fois plus élevée que celle des gains de productivité. La productivité grecque en 2010 était identique à celle de 2000, mais sur la même période, les salaires avaient été multipliés par deux. Ne pouvant corriger ce problème par une dévaluation, l'euro fort a aggravé la situation. L'Europe a cédé encore plus de terrain face à l'Asie et aux États-Unis depuis la crise de 2008 - et le phénomène risque de poursuivre.

Même pour les économies européennes les plus solides, il est difficile de rivaliser dans un contexte de salaires élevés, de monnaies fortes et de productivité stagnante. Pour une entreprise opérant en dollars, il coûtait plus de 50 % plus cher de produire en Allemagne plutôt qu'aux États-Unis en 2009.

Si l'on regarde vers l'avenir, le rétrécissement et le vieillissement de la population active risquent de provoquer des pressions à la hausse sur les salaires et d'affecter plus encore la productivité dans la région. À moins de voir une dégradation persistante de l'euro, il est probable que la baisse structurelle de la compétitivité industrielle de l'Europe se poursuive.

Il ne surprendra personne de constater des coûts du travail unitaires significativement plus bas dans les pays émergents. Mais il se trouve que ceux-ci augmentent beaucoup plus vite, poussés par les hausses des prix de la nourriture et de l'énergie. On estime que les coûts du travail unitaires dans l'industrie en Chine ont augmenté de près de 25 % depuis le premier trimestre 2005, contre seulement 2 % aux États-Unis. En ajoutant l'appréciation du yuan - qui a été de plus de 20 % -, le coût du travail unitaire ajusté des taux de change en Chine s'est probablement apprécié de 50 % au cours des cinq dernières années. Selon le Boston Consulting Group, si cette tendance se poursuit, il sera indifférent d'ici à 2015 pour une entreprise de s'installer aux États-Unis ou bien en Chine.

Une minorité significative d'entreprises a déjà commencé à rapatrier des usines aux États-Unis, y compris Caterpillar, General Motors, General Electric, Ford et Yamaha. Les salaires industriels aux États-Unis sont toujours 20 fois plus élevés que les niveaux chinois, alors pourquoi ce mouvement ? Avant tout, parce que le travail n'est pas le seul coût, et que le coût n'est pas le seul facteur pertinent.

Tout d'abord, les États-Unis font tout ce qu'ils peuvent pour être compétitifs sur les coûts du travail. Plusieurs États offrent des crédits d'impôts et des subventions aux entreprises qui fabriquent localement. Deuxièmement, les coûts autres que salariaux sont identiques voire inférieurs aux États-Unis qu'en Chine. En Caroline du Sud, une région qui attire les investisseurs chinois, le terrain et l'énergie sont 75 % moins chers qu'à Guangdong. En outre, même avant la récente flambée du prix du pétrole, les frais de transport ont plus que doublé depuis 2000. Il y a aussi des considérations moins faciles à évaluer : avantages de la proximité entre clients, les fournisseurs, concepteurs et producteurs...

Globalement, les marchés émergents conservent toujours un avantage concurrentiel important. Pourtant, nous nous attendons à ce que plus d'entreprises multinationales créent ou maintiennent une part importante de leur base de production aux États-Unis. Contrairement à l'Europe, les États-Unis ont la démographie de leur côté, avec une population active qui devrait croître, bien que lentement. Ils bénéficient aussi d'une monnaie indépendante, qui les protège de la dégradation de la compétitivité observée en Europe. Si le paysage de la compétitivité internationale n'a pas été fondamentalement bouleversé, il a évolué, et pour citer un des dirigeants de General Electric : « La principale différence est que les États-Unis sont de retour dans la partie. »

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