Trois réformes pour l'avènement de la démocratie 2.0

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Par Antoine Arjakovsky, co-directeur du Département société liberté paix au Collège des Bernardins, à Paris.

Au fond, dans le passé, l'élection présidentielle dépendait d'un seul facteur : l'avis des électeurs. Maintenant, l'élection présidentielle dépend de deux facteurs : l'avis des électeurs, mais aussi l'avis des prêteurs." Cette déclaration choquante de Jean- Pierre Raffarin peut provoquer soit un simple refus de la situation de crise actuelle, soit une réflexion nouvelle sur l'avenir des démocraties. Le pôle de recherche du Collège des Bernardins, qui organise les 14 et 15 octobre un colloque consacré à l'oeuvre de Marcel Gauchet, a choisi depuis sa création d'analyser et de prospecter les mutations à venir des démocraties. Celles-ci vivent actuellement la fin d'un certain modèle, d'autant plus visible avec la crise économique qu'elles traversent. Elles sont à la recherche de nouvelles formes de gouvernance. Il se pourrait bien que la dimension spirituelle qui les anime depuis les origines devienne plus visible. Trois réformes profondes de la démocratie, déjà en cours, en témoignent.

D'abord, une nécessaire réplique à la spéculation débridée. L'Initiative du Palais-Royal, composée d'anciens gouverneurs de banques et de responsables d'organisations internationales - dont Michel Camdessus -, propose la création d'un comité consultatif mondial comprenant des personnalités indépendantes et éminentes, nommées selon une procédure transparente, qui offrirait des conseils aux principaux organes du FMI (Fonds monétaire international) dans le domaine de la surveillance, de la gestion de la liquidité et des réserves internationales. Sa première initiative pourrait être de renforcer le DTS, panier composé de plusieurs monnaies, afin de stabiliser et de renforcer le système monétaire international. "Il pourrait être intéressant, écrit-il, d'examiner à nouveau son rôle potentiel (comme avoir de réserve, comme unité de compte), au service du bien public commun de la stabilité monétaire et financière dans le monde d'aujourd'hui globalisé et de plus en plus multipolaire."

Deuxième réforme, au plan institutionnel, celle, urgente, de la gouvernance. Pour vaincre la fragmentation de la société et sa désaffection croissante à l'égard de la chose publique, Jean-Baptiste de Foucauld, président de Démocratie & Spiritualité, propose que les principes de régulation, de résistance et d'utopie complètent le triptyque traditionnel des démocraties occidentales : séparation des pouvoirs, représentation des citoyens, subsidiarité. De son côté, François de Lacoste Lareymondie, vice-président de la Fondation de service politique, propose une "charte pour le renouvellement de la pratique politique", dans laquelle le bien commun serait garanti par la défense de la dignité des personnes, la promotion de la famille et du rôle des parents dans l'éducation de leurs enfants, et la protection de la liberté religieuse et de conscience. Dans les deux cas, les démocraties parlementaires modernes, fondées sur la loi court-termiste du gouvernement des plus nombreux, sont appelées à se projeter sur le long terme par une pratique renouvelée de l'art du consensus.

Enfin, il faut inventer la démocratie participative. Car la réforme des démocraties ne peut être seulement économique et politique, elle doit se traduire par une libération des énergies de la société civile, par une réflexion nouvelle sur la place des associations, médias, entreprises, communautés religieuses, dans la société, et par leur intégration harmonieuse dans la formation du bien commun (qui est un autre nom de la chose publique). Comme le montre l'initiative récente du Pacte civique, les sociétés démocratiques européennes aspirent à un nouveau genre de vie moins matérialiste et plus responsable. Pour Jérôme Vignon, organisateur des prochaines Semaines sociales de France, le défi de "la démocratie de la complexité" est qu'elle attend beaucoup du citoyen, de tous les citoyens, au moment où beaucoup se sentent délaissés ou inutiles. "Il faut réamorcer le moteur de la confiance en soi et en l'autre. C'est ici que la tradition chrétienne et son anthropologie ancrée dans l'amour doit être redécouverte et revécue." Il rejoint le message récent de la Conférence des évêques de France en faveur d'un "développement intégral pour tous". On n'est pas très loin de la nouvelle voie qu'Edgar Morin appelle de ses voeux.

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