Les parachutes de l'euro

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Les pronostics des Cassandre sont fondés sur des certitudes mal étayées. Ils tablent d'abord sur un creusement des différentiels de taux d'intérêt qui deviendraient très favorables au dollar, assure Isabelle Croizard.
"Les pronostics des Cassandre sont fondés sur des certitudes mal étayées. Ils tablent d'abord sur un creusement des différentiels de taux d'intérêt qui deviendraient très favorables au dollar", assure Isabelle Croizard. (Crédits : reuters.com)
Faut-il s'inquiéter de la chute spectaculaire du cours de l'euro ? Par Isabelle Croizard, journaliste indépendante, spécialiste des marchés obligataires.

Même s'il a redressé la tête au cours des dernières séances, l'euro n'en a pas moins cédé 10% de sa valeur face au dollar depuis son point haut de l'année touché le 8 mai dernier à près de 1,40. Si certains stratèges apprentis sorciers nous prédisent une descente aux enfers de la monnaie unique, à l'instar de la Deutsche Bank ou de Goldman Sachs, qui l'entraînerait de son plancher récent de 1,25 dollar, le 6 octobre dernier jusqu'à la parité avec le dollar, voire en dessous d'ici à 2017, la mouvement de correction actuel se transformerait bien en atterrissage en catastrophe, l'euro renouant avec le cycle de volatilité en forme de grands écarts auxquels il nous avait habitués depuis qu'il fut porté sur les fonts baptismaux en janvier 1999.

Les hauts et les bas de l'euro

Souvenons-nous : lancé en fanfare avec un cours inaugural de 1,18 dollar en Asie et 1,17 en Occident, il va tomber comme une pierre, défiant toutes les prévisions. Après avoir brisé de façon tonitruante la parité face au billet vert, la monnaie unique chute jusqu'à 0,82 à la toute fin de l'an 2000. Puis, il se relance à la faveur de la crise des nouvelles technologies, pour se hisser de façon chaotique, jusqu'à plus de 1,60, doublant sa valeur au passage et pulvérisant un record historique, un an après le déclenchement de la crise des subprime.

C'était le 15 juillet 2008, deux mois avant la chute de la banque Lehman Brothers et la généralisation de la crise économique et financière internationale. Il semble néanmoins qu'un nouveau grand écart, qui ne serait souhaitable pour personne dans un monde qui a, avant tout, besoin de stabilité monétaire, ait peu de chances de se produire.

La BCE sort l'arme atomique

Car les pronostics des Cassandre sont fondés sur des certitudes mal étayées. Ils tablent d'abord sur un creusement des différentiels de taux d'intérêt qui deviendraient très favorables au dollar, alimentant un flux d'investissement vers la monnaie mondiale dominante. Une résurrection du "carry trade", l'art de jouer sur les écarts de rendements qui assortissent les monnaies et qui avait connu son heure de gloire avant que la crise ne déclenche une violente aversion au risque. Ils parient aussi que les écarts de conjoncture, actuellement en nette faveur des États-Unis face à une Europe dont la croissance économique patine, vont conduire la Banque centrale européenne (BCE) à utiliser l'arme atomique.

Celle de l'assouplissement monétaire quantitatif, que les Américains ont surnommé QE, pour quantitative easing, celle-la même qui avait tant pesé sur le dollar lorsque la Réserve fédérale, la banque centrale de Washington, avait décidé de recourir à a "planche à billets". La BCE commencerait à ouvrir le robinet monétaire en achetant des titres de dette publique des États membres, au moment ou, précisément, le Fed s'apprête à mettre un terme à son tapering", l'interruption progressive de son vaste programme d'achats d'emprunts d'État destiné à stimuler l'économie. Outre que son bilan ne se dégonflera pas pour autant du jour au lendemain, ce serait aller vite en besogne que de déduire que la prochaine étape conduira les "Sages" de la Fed à relever les taux d'intérêt qui campent entre 0% et 0,25% pour le taux des fonds fédéraux, le taux directeur, depuis décembre 2008.

Une arme destructrice ?

A cet égard, la lecture des minutes du dernier comité monétaire de la Fed apporte un lumineux éclairage. On peut y lire que de nombreux membres du conseil de la Fed s'inquiètent des effets ravageurs de la revalorisation du dollar sur la compétitivité des États-Unis à l'exportation. De nombreuses voix s'y élèvent également pour souligner que la récente hausse du dollar agit comme un durcissement des conditions monétaires. Il n'y aurait donc aucun consensus sur la future hausse des taux qui figure dans les anticipations des Cassandre.

Du côté de la BCE, dont les taux son désormais voisins de zéro, puisque le principal taux directeur a été abaissé à 0,05% le 4 septembre dernier, même si elle n'a pas caché son intention de majorer des achats d'actifs, il faudrait franchir un grand pas pour qu'elle se résolve à acquérir des titres de dette publique. Même si elle l'a fait au plus fort de la crise, pour venir au secours de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande, les traités lui interdisent d'acheter des titres sur le marché primaire, celui des émissions. Elle s'était alors contentée d'incursions sur le marché secondaire, celui de la revente, aux mains des banques. Or, modifier les textes fondateurs ne serait pas une mince affaire. L'euro bénéficie ainsi de deux parachutes salutaires pour prévenir une chute vertigineuse. Auxquels s'en ajoute un troisième: la fragilité avec laquelle ont renoué les marchés boursiers en ce mois d'octobre propice aux craintes de krach saisonnier, le dollar étant traditionnellement solidaire avec Wall Street.

Reste une épine pour l'avenir de la parité euro-dollar:  la peur des marchés de matières premières qui redoutent d'encaisser une double peine: celle de la chute concomitante des cours des principales d'entre elles, qui sont pour la majeure partie libellés en dollars à l'échelle internationale, et celle de la revalorisation du dollar qui agit comme un puissant frein aux achats de commodités. Gageons que le lobby des producteurs de matières premières ne manquera pas de donner de la voix.

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a écrit le 20/10/2014 à 12:57 :
Le gros problème des gens qui utilisent des termes anglosaxons sans en connaître la signification. Okay, ça en jette de faire croire qu'on parle anglais, mais pas quand on dit exatcement le contraire de ce que l'on veut dire :-) " la Fed s'apprête à mettre un terme à son tapering" (c'est pas le Fed, mais bien LA Fed): le mot "tapering" veut dire "réduction". Or, Yellen ne veut pas mettre un terme à cette réduction, elle veut au contraire totalement éliminer le programme d'assouplissement quantitatif (QE) :-)
a écrit le 20/10/2014 à 10:36 :
...Ça sent un peu le réchauffé cet article. Un certain nombre d'observateurs sagaces, ni économistes (drôle de prétention que de penser que les économistes comprennent quoi que ce soit un peu comme les politicards et les technocrates) et encore moins banquiers ou financiers ou plus quand ils l'ont été un jour (d'entre nous fidèles lecteurs et chroniqueurs de la Tribune) auraient dit: 1. Les banques centrales naviguent au blair et dans l'irresponsabilité totale ou la facilité total 2. Draghi est sous influence US et des grosses banques US les montres comme les appellent certains petits banquiers (en taille) 3. En effet ces grosses banques à la fois commerciales et d'affaires et même de dépôts (on les a autorisé à bouffer des banques de dépôts pour assurer leur liquidité lors de la crise Lehmann) ne souhaitent qu'une seule chose c'est créer du mouvement à la hausse ou la baisse sur tous les marchés (actions, changes, taux …) c’est ce qui leur fait gagner le plus de fric avec les restructuration financières baissant les banques commerciales et les petits épargnants ou les fonds de pension 4. On va revenir à un système de parités « fixées » pour éviter l’effondrement total du bricolage général dans lequel on est du fait de ceux que l’on vient de nommer.5. Si le dollar monte le cours des matières premières baisse et vice versa, cet économiste indépendante devrait le savoir, c’est le minimum requis pour un bachelier en filière
Réponse de le 20/10/2014 à 10:43 :
vous aurez de vous même corrigé les quelques coquilles (ou même fautes d'orthographe ou de conjugaison) que contient ce commentaire au demeurant utile et éclairant, semble-t-il.
Réponse de le 20/10/2014 à 11:40 :
Le cours d'équilibre ou parité de compromis "fixée" de l'eurodol c'est : 1.20-1.25 à court terme et 1,15-1.20 à horizon 6 mois, si la baisse du prix du baril affecte à court terme le dollar, ce qui est anachronique (sauf que les US sont devenus exportateurs nets de pétrole et de gaz) les accords avec les principaux pays fournisseurs devraient résoudre les incertitudes là également pour amorcer une stabilisation puis un remontée très progressive des prix avec le reprise économique en Europe. En cas de récession généralisée et effondrement des marchés financiers, contrairement à ce que prétend l'auteure de l'article les capitaux viendront se réfugier en USD et alors la parité eurodol peut revenir vers 1 euro pour 1 dollar malgré les inconvénients de l'appréciation du dol pour les exportations US notamment chez les producteurs d'avions et d'armement.
a écrit le 20/10/2014 à 9:44 :
La "chute" de l'Euro maintenant que l'on a plus rien a vendre rend la chose comique!
a écrit le 20/10/2014 à 8:53 :
"chute vertigineuse", "descente aux enfers" : n'exagérons rien.... Les parités monétaires, çà va, çà vient, puisque les marchés des changes sont libres. Et si l'euro baisse, tant mieux ! : c'est bon pour l'industrie. Et c'est avec l'industrie qu'on crée de la richesse. Où est le problème ? Chez les rentiers français qui voient que leurs voyages organisés vont coûter plus cher ? Dur dur...

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