Areva démantelé : quel nouveau Yalta du nucléaire ?

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(Crédits : Gilles Paire – fotolia.com)
Les lourdes pertes d’Areva enfin constatées obligent le groupe nucléaire à se recapitaliser et à céder des actifs. EPR, Finlande, Uramin, grands contrats manqués : un champ de ruines, alors qu’étaient réunies toutes les conditions de continuation du succès du nucléaire français. Comment en est-on arrivé là ? Quelles pistes pour un nouveau Yalta du nucléaire avec EDF ?

L'Etat étant actionnaire commun (à hauteur de quelque 85%) d'EDF et d'Areva, la crise actuelle du spécialiste du nucléaire offre l'occasion de redistribuer son portefeuille et d'y tracer de nouvelles lignes de démarcation, l'Etat souhaitant confier à EDF la reprise de l'activité réacteurs nucléaires. EDF est reconnu leader dans ce domaine. Cette opération est un démantèlement d'Areva, groupe industriel fondé il y a quinze ans par la fusion de Framatome et de Cogema.

Ce n'est pas simplement un retour au statu quo mais un nouvel épisode qui s'ouvre. Il faudra restructurer les équipes d'ingénieurs, reconstituer le catalogue, etc. Il restera ensuite à connaitre le futur de l'aval du cycle et de la filière plutonium, qui faisaient partie intégrante du Yalta EDF-CEA de 1969.

On a tout dit des ambitions excessives d'Areva et de la témérité de s'affronter à son principal client. Mais pour comprendre, un éclairage historique s'impose. Dans électronucléaire on trouve les deux vocables - électricité et nucléaire : dès lors la question depuis l'origine est de savoir où tracer la frontière entre les deux superpuissances EDF et CEA.

La France a remarquablement réussi : 58 réacteurs, du même modèle, permettant de conséquentes économies d'échelle, harmonieusement répartis sur 19 sites interconnectés à haute tension ; l'électricité la moins chère du monde, pour un pays pourtant cruellement dépourvu de ressources énergétiques ; un bilan écologique sans carbone ; un atout décisif pour notre pays.

Ce succès a reposé sur une organisation industrielle assurant la coopération efficace entre le pôle électricité et le pôle atomique français. La répartition des rôles alloués à chacun - le « trépied » Framatome-Direction de l'Equipement d'EDF- CEA- fonctionnera un quart de siècle pour assurer ce remarquable succès.

Après la fin du programme d'équipement national (la dernière centrale, Civaux, est mise en service en 1997), les ambitions concurrentes, portant notamment sur le leadership à l'exportation, briseront l'harmonie au sein de "l'équipe de France du nucléaire". Les filiales industrielles du CEA Framatome et Cogema sont fusionnées en 1999 pour créer un groupe intégré fort. Le secteur privé, Alcatel, successeur lointain d'Empain se retire. Le nouveau modèle de réacteur EPR, issu de la coopération avec Siemens plus sophistiqué que nos bons vieux REPs, se révèle plus coûteux et difficile à construire comme en témoignent la dérive des coûts et des délais du projet en Finlande, et même à Flamanville pourtant situé sur territoire français. Les disputes incessantes entravent la conquête des marchés étrangers prometteurs, et ce alors qu'EDF et Framatome avaient remarquablement réussi ensemble la construction de Daya Bay en Chine, ou de Koeberg en Afrique du Sud.

La frontière des monopoles stratégiques

Les dispositions d'origine, fixées à la Libération, instituent des monopoles d'Etat dans deux secteurs stratégiques. Selon l'ordonnance du 30 octobre 1945 le Commissariat à l'énergie atomique se voit conféré le monopole des questions nucléaires et doté d'un statut exceptionnel "mêlé au Gouvernement et cependant doté d'une grande liberté d'action", stipule le texte. Plus qu'un organisme de recherches le CEA est l'Etat lui-même : il est notamment chargé de "réaliser à l'échelle industrielle les dispositifs générateurs d'énergie d'origine atomique".

La loi du 8 avril 1946 nationalisant les 1450 entreprises d'électricité en confie le monopole à Electricité de France. De ces textes fondateurs résultera la compétition pour le leadership dans l'électronucléaire. Quelle technologie faut-il choisir entre toutes celles qui s'affrontent aux premiers âges de l'énergie atomique ? La guerre des filières opposera pendant une décennie les deux organismes, chacun s'appuyant sur un puissant corps social : la CGT, le PCF, l'idéologie du service public et de la Reconstruction d'un côté ; les Gaullistes, la Défense nationale, l'indépendance stratégique de l'autre- ceux-là mêmes qui avaient convergé à la Libération. Au moment où l'énergie nucléaire bénéficie d'un puissant élan (Atoms for Peace aux Etats-Unis ; Euratom en Europe), le CEA, se considérant comme le prescripteur, le constructeur, et l'exploitant des centrales nucléaires (comme son homologue soviétique l'est resté) vise à imposer la filière graphite-gaz (UNGG). L'intérêt de cette technologie est d'utiliser de l'uranium naturel, la France ne disposant pas alors la capacité de production d'uranium enrichi et qu'elle permet de produire par le retraitement des combustibles irradiés le plutonium, matière dont on fabrique la bombe atomique. Plusieurs centrales graphite-gaz seront construites - Chinon, Saint-Laurent des Eaux, Bugey.

EDF préfère quant à elle la technologie de l'eau légère pressurisée (REP), la jugeant plus compétitive : les faits lui donneront raison puisque c'est celle qui a gagné dans le monde. Mais elle requiert de l'uranium enrichi comme combustible et la technologie est américaine, les brevets du PWR étant détenus par Westinghouse et son licencié en Europe le groupe belge Empain. Pour la tester, EDF, en association avec la compagnie électrique belge ce qui lui permet de parer aux accusations de trahir l'intérêt national, construit Chooz A dans les Ardennes, centrale souterraine située exactement sur la frontière.

Le 17 octobre 1969 l'accident ayant entraîné la fusion du coeur du réacteur de Saint-Laurent des Eaux va permettre au gouvernement d'imposer son arbitrage. Le terrain est libre pour définir de nouveaux choix. De Gaulle est parti en avril ; André Decelle, inlassable adversaire du graphite gaz, a démissionné de la direction générale d'EDF, à qui succède Marcel Boiteux ; l'administrateur général du CEA Robert Hirsch est remplacé par André Giraud ; la commission PEON tranche en faveur du REP.
La nouvelle répartition des rôles est fixée : le CEA renonce au rôle de maître d'oeuvre des chantiers et d'exploitant des centrales ; la licence PWR est francisée au profit de Framatome, dont sont partenaires le CEA et Creusot- Loire, héritier d'Empain-Schneider ; le CEA filialise ses activités industrielles.

En contrepartie, EDF accepte d'adhérer au schéma du cycle intégré du combustible, de la mine à l'enrichissement, au retraitement et au surgénérateur. Et surtout d'y contribuer financièrement. Car l'usine de Tricastin de production d'uranium enrichi, basée sur la diffusion gazeuse ; l'usine de La Hague de production de plutonium, prolongement de Marcoule ; le prototype de surgénérateur de Creys-Malville, le combustible MOX, c'est-à-dire les justificatifs civils de la filière plutonium, coûtent cher. Le budget de l'Etat et du CEA avaient besoin des contributions du consommateur d'électricité pour y pourvoir, comme aujourd'hui pour la recapitalisation d'Areva.

Le « Yalta du nucléaire » consécutif à l'accident technique de Saint Laurent des Eaux ouvrira la voie à la mise en oeuvre du programme électronucléaire français : d'abord dés 1970, le REP se substitue au projet UNGG de Fessenheim, en coopération avec les Allemands et les Suisses; le programme Messmer, décidé dans l'émotion nationale du choc pétrolier de 1973 ; puis la success story que l'on connaît. Excédé des disputes, l'Etat vient de fixer de nouvelles feuilles de route : de « l'accident financier » d'Areva émerge un nouveau Yalta, qui devrait permettre de valoriser pleinement l'atout nucléaire français, dont on attend la suite.

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a écrit le 10/06/2015 à 12:57 :
Faut-il réellement sauver Areva ?
Après autant d'années et autant d’échecs, où est l'expertise ? (peut être dans le militaire, et encore).
Certes on peut regretter d'avoir autant dépensé d'argent pour aussi peu de résultats, mais le fait d'en réinjecter encore n'offre aucune garantie de retour sur investissement.

Au final c'est tout de même des brevets et méthodes Westinghouse qui ont été mis en œuvre. Sauf pour les échecs cuisants des surgénérateurs et de l'EPR.
Quand aux stratégies et au management, même pas élitistes, mais orgueilleux, c'est surtout ce culte qui parait inadapté. Culture quasiment impossible à reformer, en tous cas par ces adeptes de la pensée unique, alors cela fait longtemps que les entreprises intelligentes ont perçu l’intérêt du Thnik different.
a écrit le 10/06/2015 à 11:55 :
Dans notre pseudo démocratie il y a de nombreux pré carrés entre le corps des mines , le corps des ponts, etc... Le corps des entreprises lui finit par tomber malade . AREVA en est le dernier avatar.
a écrit le 10/06/2015 à 8:52 :
Dans son paragraphe 'La France a remarquablement réussi : 58 réacteurs, du même modèle, permettant de conséquentes économies d'échelle, harmonieusement répartis sur 19 sites interconnectés à haute tension ; l'électricité la moins chère du monde, pour un pays pourtant cruellement dépourvu de ressources énergétiques ; un bilan écologique sans carbone ; un atout décisif pour notre pays.', l'auteur oubli de cité les quantité de déchets à retraité et non pris en compte dans le chiffre total de la facture énergétique.

Sinon, la France cruellement dépourvu de ressources énergétique, l'électricité hydraulique, c'est pour les poissons ? L'hydraulique est la 2ème source de production d'électricité à près de 14 % (http://jeunes.edf.com/article/l-hydraulique-en-france,87), le renouvelable à qui EDF met des bâtons dans les roues, ...
Réponse de le 24/06/2015 à 10:55 :
l'hydraulique c'est bien mais limité. on pet pas en mettre partout et c'est devastateur pour l'ecologie local
a écrit le 10/06/2015 à 7:56 :
AREVA serait sauvé si on appliquait cette mesure tout de suite. Pourquoi le gouvernement attend-il?
Réponse de le 10/06/2015 à 13:02 :
Peut être parce que c'est à fonds perdus et qu'il n'y a aucune garantie de performance future.
a écrit le 10/06/2015 à 7:49 :
Il faut donner un "juste prix" à l'énergie et utiliser cette recette pour réduire le cout du travail. C'est ce que propose la note n°6 du CAE.
Réponse de le 10/06/2015 à 9:10 :
encore du bidouillage
le coût de l'énergie c'est celui de l'énergie , le coût du travail c'est celui du travail.
appliquons les vrais coûts et les vrais prix, c'est la seule façon d'avoir une bonne vision des choses.
Réponse de le 10/06/2015 à 10:48 :
Eh bien, il faudra changer d'avis. L'énergie n'est pas soumise aux lois du marché. Notre prix Nobel d'économie l'a exprimé récemment.
Réponse de le 10/06/2015 à 10:57 :
L'énergie produit du travail; le travail produit de l'énergie. Travail et énergie c'est pareil, un peu comme la trinité a diviser le monde chrétien. Merci.
Réponse de le 11/06/2015 à 7:44 :
Il faut répartir les charges sociales sur le travail ET sur l'énergie.
Réponse de le 11/06/2015 à 7:52 :
Il faut atteindre un optimum progressivement. Cet optimum dépend de la démographie, du capital humain et de l'efficacité énergétique.
a écrit le 09/06/2015 à 21:27 :
La catastrophe financière d'AREVA devrait être rapproché à un dimensionnement inadapté par rapport au marché du Nucléaire qui s'est effondré. Un rapprochement devrait être fait entre la compétitivité de cette énergie par rapport à ses alternatives et la faillite d'AREVA incapable de vendre les volumes escompté. Les seuls succès se font sur cession de technologie et datent. Quant à la réalisation elle est catastrophique et souligne encore l'explosion des coûts avec les normes de sécurité issue du retour d'expérience des accidents passés; même à domicile les coûts explose et la fin n'est toujours pas en vue.

Comment alors reprocher aux Allemands de s'éloigner certe un peu rapidement de cette énergie? La question est quand est-ce que la France arrêtera de dépenser de l'argent en recherche dans cette énergie dont la compétitivité ne reviendra pas.

A l'aune de la transition énergétique douce, on peut sauver les morceaux d'AREVA mais il sagit de mettre à plat les coûts liés à cette énergie et redimenssioner l'effort qui y est fait à nos besoins stratégiques et non pour les lubies de chercheurs du CEA.
Réponse de le 10/06/2015 à 8:51 :
Si Areva est en quasi faillite, c'est essentiellement du à l'incompétence et à la mégalomanie d'Anne Lauvergeon qui a vendu l'EPR à prix et délais discount sans savoir si ses équipes étaient capables de le construire et puis aussi à la big magouille d'Uramin (au moins 3Mds d'euro de perte; ça altère le bilan)
S'il n'y avait pas eu ces monumentales erreurs, Areva serrerait les fesses et attendrait le retournement de cycle
A signaler aussi que c'est Areva qui a mis fin au partenariat avec Siemens et non l'inverse
Réponse de le 10/06/2015 à 9:07 :
le Russe Rosatom a annoncé avoir dépassé les 100 milliards de dollars de commandes à l'export ( en plus des commandes en Russie ), le nucléaire n'est pas encore mort dans le monde.
a écrit le 09/06/2015 à 20:05 :
Dans cet historique, aucune allusion à la gestion catastrophique d'Atomic Anne (Anne Lauvergeon, ancienne PDG d'Areva, payée un pont d'or durant sa mission) et de sa responsabilité dans ce fiasco, ainsi qu'aux difficiles relations entre EDF et Areva sur de multiples sujets. Et le contribuable qui n'est pas responsable de ces errements va être sollicité. Quand est ce que les dirigeants de boîtes où l'Etat est actionnaire majoritaire seront financièrement responsables de leurs décisions devant le contribuable ? C'est trop facile de gérer n'importe comment et de demander aux autres d'assumer les pertes. Il y aurait matière à légiférer dans notre intérêt pour une fois !
Réponse de le 10/06/2015 à 0:46 :
il n'y a pas que les dirigeants qui sont fautifs. Les comptes d'Areva sont dans le rouge depuis des années, la société a recruter de nombreux collaborateurs payés à se tourner les pouces. Il parait même que les salariés ont touchés des bonus début 2015 (combien de mois de salaires ?) alors que le contribuable va devoir éponger leur sale boulot en Finlande et en Normandie. Pour information, la centrale Finlandaise a des engagements de performance sur toute la durée de vie de la centrale (60 ans) Cela va couter encore des dizaines de milliards d'euros pour le contribuable. Et on ne parle pas des projets de recherche sur la fusion nucléaire dont de nombreux scientifiques indiquent que cette filiere est techniquement infaisable (matériaux ne supportant pas ces niveaux de température)

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